LIVRE III, CHAPilTRE XXXVIIL
maïs en la vieillesse elles nous laissent comme tous noyés , ainsi que la mer sur la grève en son reflus : les douceurs que .nous avons avallées si glouttenient **' se fondent puis **^ en amertumes et repentirs , et remplissent nos esprits d'un humeur venimeux qui les infecte et corrompt '^ ».
Or comme la modération et reigle aux voluptés est chose très belle et utile selon Dieu , nature , raison : aussi Texcès et desreîglement est la plus pernicieuse de toutes au public et au particulier. La volupté mal prise ramollit et relasche la vigueur de l'esprit et du corps, debilitaiem induxere deliciae, blandissimae domi^ nae ^^ : apoltronit et efféminé les plus courageux, tesmoin Annibal , dont les Lacedemoniens qui faisoient profession djB mespriser toutes voluptés, estoient appelles hommes, et les Athéniens mois et délicats, femmes '^ Xerces, pour punir les Babyloniens révoltés , et s'asseurer d'eux à l'advenir, leur osta les armes et exercices pénibles et difficiles, et permit tous plaisirs et délices. Secondement elle chasse et bannit les vertus principales, qui ne peuvent durer soubs igi
**^ Si gloutonnement.
*«^ Ensuite.
** Duyaîr, de la Sainte Philosophie ^ p. lojS. *® « Les voluptés , ces trop flatteuses mattresses , nous font tomber dans un honteux affaiblissement » . Senec. Epist, Lv. '7 Plutarque , Dits des rois y princes et capitaines.
234 DK LA SAGESSE,
empire si mol et efféminé : maximas virtutes jacere oportet voluptate dominante ^^. Tlercement elle desgenere bîentost à son contraire , qui est la douleur, le desplaisîr, le repentir : comme les rivières d'eau douce courent et vont mourir en la mer salée , ainsi le miel des voluptés se termine en fiel de douleur : in praecipiti est, addûhrem vergit, in contrarium abit, nisi modum ieneat '^. — Extrema gaudii lucius occupai ^^. Finalement c'est le séminaire de tous maux , de toute ruyne : Malomm esca volupias ^'. D'elle viennent les propos et intelligences secrettes et clandestines, puis les trahisons, enfin les eversionset ruyne des respubliques. Maintenant nous parlerons des voluptés en particulier.
'^ « Où la volupté domine , les plus grandes vertus ne peuvent exister». — Cîcer. de Finib, bonor, et malor, L. II, cap. XXXV.
'9 (( La volupté , lorsqu'elle n'est retenue par aucun frein, conduit rapidement à la douleur ; elle se change en un vrai supplice». Senec. Epist. xxiii.
*** « Le domaine de la joie a le deuil pour limites ». — Pro- 9erb. cap. XI v, jjy. i3.
** « La volupté est la pourvoyeuse des maux ». — Piaule , in Mercatore, act. V, se. m, v. 2. — Plante avait pris cette pensée dans le Timée de Platon.