‹ De la sagesse: trois livres (volume 2)Chapitre 154 sur 170 · LIVRE 111, CHAPITRE XLlll. a · texte numérisé non relu

LIVRE 111, CHAPITRE XLlll. a

rien plus éloquent qu'elle; ce qui est vray où les esprits sont purs , vuîdes et nets de passions. Mais la pluspart du monde par nature, ou par art et mauvaise instruction, est préoccupe, mal nay et disposé à la vertu et vérité, dont il est requis de traicter les hommes comme le fer qu'il faut amollir avec le feu avant que le tremper en Peau ; aussi parles chaleureux mouvemens de l'éloquence, il les faut rendre souples et maniables, capables de prendre la trempe de la vérité. C'est à quoy doibt tendre l'éloquence; et son vray fruict est armer la vertu contre le vice , la vérité contre le mensonge et la calomnie, u L'orateur, dict Theophraste, est le vray médecin des esprits, auquel appartient de guérir la morsure des serpens par le chant desflustes, c'est à dire les calomnies des mes*chans, par l'harmonie de la raison. Or puisque l'on ne peut empescher que l'on ne s'empare de l'éloquence pour exécuter ses pernicieux desseins, que peut-on moins faire que nous deffendre de mesmes armes? Si nous ne nous en voulons aider, et nous présentons .nuds au combat, ne trahissons-nous pas la vertu et la vérité? Mais plusieurs ont abusé de l'éloquence à de meschans desseins et à la ruyne de leur pays. C'est vray, et pour cela n'est-elle k mespriser ; cela luy est commun avec toutes les plus excellentes choses du monde, de pouvoir estre tournée à mal et à bien , selon que celuy qui les possède est mal dis-

posé : la pinspart des hommes abusent de leur en* tendement, ce n'est à dire qu'il n'en faille avoir " ».

'* Ce qui est entre des guillemets a été pris dans Du Yaôr de V Éloquence française y pag. SSj.

Guillaume Du Vair, qui fut conseiller au parlement 9 gardedes'sceauz, évéque de Lîzieux^ naquit en iSSG, et censéquemment était de quinze ans plus jeune que Charron , né en i54.i- Les Œuçres de ce savant magistrat ne furent publiées que plusieurs années après sa mort, arrivée en 1621. D'après cela , on pourra trouver étonnant que f aie indiqué un grand nombre de passages du Traité de la Sagesse , comme empruntés à Du Vair , et Ton se croira fondé à penser que c'est bien plutôt ce dernier qui a mis à contribution le philosophe Charron , puisqu'il est venu plus tard ; mais je prie d'observer que les Traités philosophiques , qui font partie des œuvres de Du Vair , avaient été publiés séparément , huit à dix ans avant que la première édition du livre de la Sagesse (elle est de 1601) eût paru. Dès-^lors la question me paratt décidée.

Page 1