AVERTISSEMENT
Le Petit Traité de la Sagesse, par Charron, que je place à la suite de son grand Traité , ne se trouve point dans les autres éditions de cet auteur (i). Je ne sais ce qui a pu en motiver l'omission. Dans sa préface , Charron explique pourquoi il a cru devoir le composer : c'était une défense de ses principes et de ses opinions , qu'il voulait opposer a d'injustes critiques ; son intention était , comme il le dit expressément, que le Petit Traite parût avec le livre dont il est une espèce d'Analyse raisonnée.
Les sommaires des chapitres sont de Charron lui-même.
Pour ne pas multiplier les notes , je n'ai pas cru devoir* traduire les citations latines , qui , presque toutes , se retrouvent avec leur explication , dans le grand Traité de la Sagesse.
Je donne ici le petit traité^ tel que Fauteur l'avait préparé pour la seconde édition de son ouvrage , commencée sous ses yeux , mais qu'il ne put voir achevée.
(i) J*en ai déjà fait Tobservation dans \ Avertissement qui est ee tête du premier volume. Voyez page xxv.
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PREFACE
Ayant appris et entendu les dmerses plaintes que Ion faîsoit contre mon Liure de Sagesse, n^agueres mis en lumière, i^ay trouué que les vues partoient de foiblesse d^esprits plats et populaires , qui s^offensent non seulement de ce qu^il heurte les opinions communes; mais encores de son style libre et hardy, langage brusque et masle : ie Fauois bien preueuetdit en ma Préface, jugeant qù^il ne pouuoit arriuer autrement, d^autant que la Sagesse n^ estant commune ny populaire, et Tenant à descrier et condamner d^autborité, et iure suo singulari, les opinions communes et populaires , comme la pluspart erronées, ne peut qu^elle n'encoure la malgrace et Tenuie du monde : tellement que ce Liure n^est point pour le commun et bas étage : et s'il eust esté populairement receu et accepté, il se fust trouué bien descheu de ses pretensions. D^autres viennent de ne m'entendre pas bien , ou feindre de ne m'en tendre (car ie ne veux pas toucher s'il y a de la passion et malice meslée parmy) et de prendre les choses autrement, en autre sens et d'autre main que
a6o PETIT TRAICTÉ
îe ne les doune , rapportant au droict et deuoir ce qal est du faîct, au faire ce qui est du iuger, à résolution et détermination ce qui n^est que proposé y secoué et disputé problematiquement et academiquement ; à nioy et mes propres opinions , ce qui est d^autruj et par rapport; à Pestât, profession et condition externe, ce qui est de Tesprit et suffisance intérieure; à la Religion et créance diuine, ce qui est de Popinion humaine ; à la grâce et opération surnaturelle , ce qui est de la vertu et action naturelle et morale. Ce sont sept mescontes que i^ay remarqué en leurs plaintes , dont îe me plains. Or pour lesvns et les autres qui Voffensent de ce Liure, (car plusieurs y en a qui iugent bien autrement, et de leur grâce le reçoiuent et Thebergent humainement) i'ay pris resolution de le reuoir, expliquer et addoucir en plusieurs endroits; ce qu'ayant fait , et estant prest de le mettre au iour, ie me suis
aduisé de dresser ce petit Traicté, contenant vn sommaire de ce Liure , vue briefue et genei*ale peinture de Sagesse, et déclaration de mon intention, lequel serue et de préface audit Liure, et d'aduertissement audit Lecteur, et qui en tout cas, comme plus portatif et aysé , peut seruir à ceux qui ne voudroient prendre la peine, et employer leur loysir à lire tout le Liure plus gros et importun.
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