‹ De la sagesse: trois livres (volume 2)Chapitre 160 sur 170 · III · texte numérisé non relu

III

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selle et infaillible qu'elle est'. Naiurain si seçuans dw cent nus(juam aberrabis; sapientia est in naiurain conueHi, et eo restitid vndè puhUcus error expiâerit. Ab iUa non deerrare, ad ilUus legem exemplumque formari sapientia est; idem est beatè viuere et secundum naturam ; omnia vitia contra naturam sunt, Cest la raison, Pequité, la lamière naturelle que Dieu a inspiré en tout homme, et qui comme vn astre flamboyant esclaire et brille sans cesse au dedans de luy , quel quMl soit, s'il n^est da tout desnaturë ; Signatum est super nos lumen vultm toi. Génies naturaUter quœ legis sunt faciunt; ostendunt opus legis scriptum in cordïbus suis ; lesc scripta in cordibus nos^ tris, quam nec ipsa delet iniçuitas. G^est Dieu mesme, la loy première, originelle et fondamentale, estant Dieu et nature au monde, comme le Roy et la loy en vn Estât. Quid natura nisi et divina ratio toti mundo et partibus eius inserta? Parquoy ainsi que Taiguille frottée à Paymant ne s'arreste iamais qu'elle ne voye son Nort, et par là se dresse et conduit la nauigation : ainsi Fhomme n'est iamais bien , voire il est comme denoiië et disloqué, s'il ne vise droit et ne conduit le cours de sa vie, ses mœurs, ses iugemens et volontez selon celte loy première, diuine et naturelle, qui est un flambeau interne et domestique; toutes les loix qui ont esté depuis au monde ne sont que petits extraicts ti-^ rez d'elle. La loy de Moyse en son Decalogue en est

' La Sagesse , L. II , ch. li.

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vnc coppîe externe et publique. La loy des Douze Tables, les enseîgneraens moraux des Théologiens et Philosophes, les aduis et conseils des lurîsconsultes, les Edîcis et Ordonnances des Souueraîns, ne sont que petites et particulières interprétations et expressions d'îcelle : que s'il y en a aucune qui s'escarte le moins du monde de cette première et originelle matrice, c'est vn monstre, vne fausseté, erreur. Or suiuant cette règle la maistresse de toutes, il se portera droict et entier dans tout et par tout, et marchera d'vn pas doux, égal, équitable, vniforme, paisible en toutes choses, n'offensera iamais autray, sera nio- <leste aux prosperitez et aduersitez, prest et patient à la mort , content en soy-mesme. Tout ce qui nous trouble vient que nous voulons, desirons, pourchassons, outre, contre, et pardessus nature. Apprenons des bestes, lesquelles se laissent guider à la simplicité de nature, et mènent vne vie douce, paisible, innocente auec toute liberté , repos , seureté , exemptes de tant de maux, vices, dereglemens, que l'homme prend pour sa part à faute de croire et suiure nature. Qui a rendu Socrates et tous les autres grands hommes que i'ai nommé au commencement si sages, que la pratique de cette leçon ? 11 faut bien releuer, fortifier et roidir son esprit, non à forcer, violer, et desguiser, frauder nature : mais à la seconder, secourir, et faire valoir : non h la subtilité, finesse , invention , moins au vice et desbaiiche; mais à la vérité, soli-

dite) intégrité. Ce n'est pas bien aller ny aduancer chemin, que voltiger, faire sauts, gambades, courses: mais tenir vn bon pas, ferme, réglé, asseuré, et durable , c^est à dire, selon nature.

8. Yoila vne sommaire peinture de nostre sagesse humaine en ces sept poincts : cognoistre bien rhomme et soy; régler généreusement sa vie au dehors selon qu'il est prescript au dehors ; garder son esprit net de passions et d'erreurs; iuger de tout, ne s'obliger à rien , preud'hommie essentielle ; viser et se conduire tousiours selon nature et raison : le commun et prophane au contraire ne se cognoist point, ny l'humaine condition , obeist aux loix seruilement, a son esprit tout esclaue et asseruy, ne iuge de rien, prend et reçoit tout, comme Ion veut; sa preud'hommie acquise par cause ou occasion externe , vise plutost à toute loy municipale, particulière et positiue, qu'à l'vniuerselle et naturelle qui est Dieu. Or cette peinture est presque toute interne et non apparente , car ces traicts sont en l'esprit : aussi la sagesse est qualité spirituelle, non pompeuse ny bruyante, et à peine apparente. Le sage ne s'apperçoit pas , ny n'est cogneu tel de tous, il y faut prendre garde de prez et s'y entendre, toutefois nous donnerons cy-aprez des marques externes pour le cognoistre en le comparant auec le non sage en leurs deportemens.

9. Auant sortir de ce propos ie veux adiouster vn mot qui n'est proprement de ce sujet de la sa-

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gesse humaine et philosophique, mais qui seruîra pour oster tout le doute et sorupule qui pourroit naistre des propos precedens. C'est qu'en tout ce que nous disons auantageusement de la loy de Nature et de la Sagesse humaine, nous ne prétendons aucunement exclure ou déroger à Thonneur et nécessite delà grâce, de l'ayde et secours spécial de Dieu, sans lequel nous confessons que Thomme ne peutiamais bien entièrement et parfaictement accomplir toi;ite vertu morale et la loy de Nature comme il fautet encores beaucoup moins l'accomplir meritoirement et salutairement à la vie étemelle , comme vouloit Pelagius : car ce second est du tout sans doute. Mais nous disods que l'homme employant bien cette lumière de nature, et faisant ce qui est de soy il se dispose à la grâce, que l'obseruation de la loy de na-* sure est comme vn leurre, vne amorce et vn traict d'icelle, et que celuy qui fait ce qu'il peut aux vertus morales, naturelles, et humaines, conuie et donne occasion à Dieu de l'estrener et gratifier des vertus surnaturelles et dluines : car c'est une équité et régie de bienséance , qui a esté loyal et bon mesnager en peu soit commis auj)lus. A cecy s'accordent les salncts Aphorismes. Quia in modico fuisti Jidelis supra mulia te constituoin : Deus dat spiriium bonum omnibus peten-tibus euiu :facienti quod in se est Deus non denegat graiiam : Deus non déficit in necessariis , et disponit omnia suauiter : sihomo incipiens habet vsuratn raiionis , ei de-

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Uberans de se ipso^ ordinauent seipsum ad debituinjînem, per graiiam consequetur remissionem peccqti onginalis, etc. Et les sacrez exemples d'Abraham , de lob , des deux Centenîers, de Naaman Syrien, du père de sainct Grégoire, s'y accordent, lesquels Payens et infidelles pour auoîr bien suiuy cette loy et lumière de nature, ont esté appelez à la foy, qui leur a esté donnée, dit ce S. Père, en recompense de leurs vertus morales. Mundum probitas eum nobisvendicabat vndè retuUtJîdem prœmiuin prœcedenlium virtutum : comme au rebours contreuenîr à la loy de nature est s'opposer formellement, et empescher directement la grâce , comme après l'Apostre, les Pères, Augustin, Chrysostôrae, Cyrille, discourent, rendans raison, pourquoy plusieurs luifs n'ont receuTEuangile, et quele Sauueur n'a point voulu prescher en plusieurs lieux. Parquoy se trompent fort ceux qui tiennent autre voye, et qui desdaignans cette vertu morale et loy de nature , comme trop basse et petite pour eux, et n'ayans aucun vray , sentiment de preud'hommie, pensent par ailleurs obtenir cette grâce. Ils se ilattent, font gloire et se fient d'estre grands et riches en biens surnaturels et diuins, et se trouuent à chaque pas coupables de la simple loy de nature et du deuoir humain , beaucoup au dessous de la vertu et probité de ces simples Philosophes, qu'ils reiettent et condamnent si fort; ains par eux seront condamnez , comme tant souuent et aigrement les menace le Souuerain Docteur de vérité.

maïs ils n^en sentent rien. Ils sçauent quelque finesse par laquelle ils se persuadent d^estre grands cousins et amis de Dieu , sans faire ny garder sa loy première, et fondamentale. Tout cecy est selon l'ordre ordinaire de nature , lequel n'empesiche pas que Dieu ne le change quand il luy plaist, faisant marcher sa grâce spéciale la première, laquelle deuance toute probité, toute pensée et deliberationnaturellement bonne. le m'arreste trop icy en digression. Parquoy ie conclus que cette sagesse humaine est voye à la diuine , la loy de nature à la grâce, la vertu morale et Philosophique à la Théologale , le deuoir humain à la faneur et libéralité diuine, ainsi que Pâme végéta tiue et sensitiue, qui est des parens, à Pâme raisonnable, qui est de Dieu.

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