‹ De la sagesse: trois livres (volume 2)Chapitre 30 sur 170 · LIVRE ITI, CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

LIVRE ITI, CHAPITRE XL

et faîct oublier tous le& precedens bienfaicts. Ceux qui se peuvent recognoîstre et recevoir la pareille ; comme au contraire les autres engendrent hajne : car celuy qui se sent du tout obligé sans pouvoir payer, toutes les foisquHl voit son bienfacieur, il pense voir le tesnioin de son impuissance ou ingratitude, et luy faict mal au cueur. Il y en a qui plus soqt honnestes et gracieux , plus sont poysans au recevant, sMl est homme d'honneur, comme ceux qui lient la conscience, la volonté, car ils serrent bien plus et le font demeurer en cervelle , et en craincte de s'oublier et faillir. L'on est bien plus prisonnier soubs la parole, que soubs la clef. Il vaut mieux estre attaché par les liens civils et publics,, que par la loy d'honnesteté et de conscience; plustost deux notaires qu'un. Je me fie en vous, en vostre loy et conscience : cettuy-cy faict plus d'honneur, mais estreinct, serre , sollicite et presse bien plus : en celuy-là l'on s'y porte plus laschement : car l'on se fie que la loy et les attaches externes reveilleront assez quand il faudra. Où y a de la contraincte, la volonté se relasche : où y a moins de contraincle , la volonté se resserre :

Qaod me jas cogit vix à volantate impetrem ^.

^^ ce Ce que la loi exige ,. ma volonté n^y souscrit qu^avec peine. » — C'est un vers de Térence que Charron a un peu changé , pour Tadapter au sujet On Ut dans les Adelphes, (act. III , scène v, ;Jr. ^5) :

Quod vos fus cogit , id voluntate ut impetret.

Du bienfaict naist robligation, et d'elle aussi il en sort et est produict; ainsi esl-il Tenfant et le père, PefTet et la cause , et y a double oblîg^ation active et passive. Les parens, les princes et supérieurs, par debvoîr de leur charge, sont tenus de bien faire et proffiter à ceux qui leur sont commis et recommandés par la nature , ou par la loy, et généralement tous ayant moyens envers tous nécessiteux et affliges , par le commandement de nature. Voilà Tobligation première : puis des bienfaicts, soient- ils deubs et émanés de cette première obligation, ou bien libres et purs mérites, sort Tobligatimi seconde et acquise, par laquelle les recevaus sont tenus à la recognoissauce et remerciement : tout cecy est signifié par Hésiode , qui a faict les grâces trois en nombre, et s' entretenant par les mains.

La première obligation s^ acquitte par les bons offices dW chascun, qui est en quelque charge, lesquels seront tantost discourus en la seconde partie , qui est des debvoirs particuliers : mais elle s'affermit et se relasche, et amoindrit accidentallement , par les conditions et le faict de ceux qui les reçoivent. Car leurs offenses , ingratitudes et indignités deschargent aucunement ceux qui sont obligés d'en avoir soin ; et semble que Ton en peut presque autant dire de leurs défauts naturels. L'on peust justement moins aymer son enfant, son cousin, son subject non seulement malicieux et indigne, mais encore laid, bossu, mal-

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