‹ De la sagesse: trois livres (volume 2)Chapitre 31 sur 170 · LIVRE III, CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XL

heureux Y mal nay ; Dieu mesme luy en a rabattu cela de son prix et estimation naturelle : mais il faut en se re&oidissant garder modération et justice , car cecy ne touche pas le secours de la nécessite, et les offices deubs par la raison publique, mais Tattention et affection qui est Tinteme obligation.

La seconde obligation née des bienfaicts est celle que nous avons à traicter et reigler maintenant : premièrement la loy de recognoissance et remerciement est naturelle, tesmoin les bestes, non seulement priyées et domestiques, mais farousches et sauvages; ausquelles se trouvent de notables exemples de recognoissance , comme du lyon envers Fesclave romain ^^^ cffieia etiam ferae sentiunt ^^. Secondement c^est acte certain de vertu, et tesmoignage de bonne ame, dont est plus à estimer que le bienfaict , lequel souvent vient d^abondance , puissance , amour de son propre interest, rarement de la pure vertu ; la .recognoissance tousjours d'un bon cueur, dont le bien&ictpeust estre plus désirable, mais la recognoissance plus louable. Tîercement c'est une chose aysëe , voire plaisante , et qui est en la main d'un chascun. Il n'y a rien si aysë que d'agir selon nature, rien si plaisant que de s'acquitter et demeurer libre.

^^ Allusion à rhistoîre si connue du lion d'Androclès. — ■ Cliarron cite cette histoire. L. I , c. xxxv.

^ a Les bétes mêmes sentent les bons offices qu^on leur rend. » — Senec. de htntfic. L. I , c. iii.

Par tout cecy est aysé à voir combien est lasche et vilain vice la mescognoissance et ingratitude, desplaisant et odieux à tous , dixeris makdicta cuncta ,rà m ingratwn hominem dixeris ^^ : contre nature, dont Platon parlant de son disciple Aristote Pappeloit l'ingrat mulet ^^ : elle est aussi s%as excuse, etne peust venir qu« d'une meschante nature ^\ grave vitium, intolerabile (juod dissociât homines ^^. La vengeance qui suit l'injure, comme la mescognoissance le bienfaict, est bien plus forte et pressante ( car Tinjurç presse plus que le bienfaict, akiu^ injuriae quam mérita descen-

s^ K Vous dites à un homine toutes les injures à la fois , quand vous Tappelez ingrat. » — Publîus Syrus.

^ On voit dans Dîogène Laerce ( vie ôl Aristote ) , que Platon, voyant qu^ Aristote avait rompu avec lui, se mit à dire : « il a rué contre nous , comme font les poulains contre leur mère. >» Élien paraphrase cette parole de Platon , dans ses var. hisior. L. I V, c. ix. Enfin , voici ce que dit Helladius dans la BibUoth. de Photius : Arlstoteles, peripateticœ princeps scholœ, a Plafone equus nominatus est y qubd praM:eptori contradiceret : equo emm volupe est patrem mordere.

^7 C'est ce qu'a dit Plante, en ces termes :

Nam improbus est homo qui beneficium Scit sumere et reddere nescit.

PlAUT. Persa. Act. V, se. i , v. lo.

5* « C'est un vice des plus grands , un vice intolérable puisqu'il désunit entre eux les hommes* » — Senec. de benef. L. IV, c. XVlll. initio.

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