LIVRE III, CHAPITRE XI
dunt^^^y c'est une très violente passion, mais non pas de beaucoup près si vilain et difForme vice , que ringratitude : cVst comme des maux quMl y a , qui ne sont point dangereux , mais sont plus douloureux et pressans que les mortels. En la vengeance y a quelque espèce de justice, et ne s'en cache-t-on point: en ringratitude n'y a que toute poltronnerie et honte.
Larecognoissance, pour estre telle qu^il faut, doibt avoir ces conditions : premièrement recevoir gracieusement le bieiifaict avec visage et parole aimable et riante : qui graie heneficiwn accepit ^ primam ejuspensionem solvit ^^. Secondement ne l'oublier jamais, ingraiUsimus omnium qui oblitus; — nusquam enim gratus fieri potesi, cuitotum beneficium elapsum est ^'. Le tiers office est le publier : ingenui pudoris est faieri per quos
^9 Senec. de benef. L. I , c. I. — La traduction précède la citation. — Un moderne a exprimé une pensée qui se rapproche de celle de Sénècpie. ce Le souvenir de plusieurs petites offenses , dit-il , étouffe celui des plus grands bienfaits. » Phis mordent paucœ offensiunculœ quàm multa bénéficia. -^'^stnesius, in vita Euripidis.
^ ce Celui qui montre de la gratitude en recevant un bienfait , a déjà acquitté une partie de l'obligation qu'il lui impose. » T— Senec. de benef. L. II, c. xxn, in fine,
^' u Le plus grand des ingrats est celui qui oublie le bienfait, — Comment pourrait-il jamais être reconnaissant , celui qui n'a conservé nul souvenir du service qui lui a été rendu. » — Senec. de benef. L. III , c. l. — id. ibid.
profecervnus , et liœc quasi merces authoris ^'. Comme on a trouve le cueur et la main d'autruy ouverte à bien faire, aussi £aiut-il avoir la bouche ouverte à le prèscher, et affiu que fa mémoire en soit plus ferme et solemnelle, nommer le bienfaict et le présent du nom du bienOsLcteur. Le quatriesme est à rendre , avec ces quatre mots d^advis. i. Que ce ne soit toutpromptement, ny trop curieusement , cela a mauvaise odeur, et semble que Ton ne veuille rien debvoir, mais payer le bienfaict : c^est aussi donner occasion au bienfaisant de penser que son bienfaict n^a pas esté bien reçeu : se monstrer trop ambitieux et soigneux de rendre, c^est encourir soupçon d^ingratitude ^^. Il faut donc que ce soit quelque temps après, et non fort long, àffin de ne laisser vieillir le présent (les grâces sont peinctes jeunes ); et avec belle occasion, laquelle s^ offre de soy-mesme , ou bien soit estudiée sans esclat et sans bruit. 2. Que ce soit avec usure et surpasse le bien&ict, comme la bonne terre, ingratus est qui bene^
^^ ce II j a de Thonneur à reconnattre ce que nous devons à ceux qui nous ont été utiles : c^est une récompense qui leur est bien méritée. » — Plin. Hist nat. L. I , dans la Préface adressée à Vespasien.
^^ Qui festinat utîque reddere, non hahel animum grati hominis , sed débitons.... Qui nimis cita cupit sohere , invitas débet : qui incitas débet ingraius est. •— < Senec. de benef. L. IV, c, TSJL.infine.