LIVRE III, CHAPITRE XIV. lo
faonnestes £t habiles hommes, frottant et limant nostre cervelle contre la leur, comme le fer qui s'esclaircît, se nettoyé et embellit par le frotter. Cette Êiçon est agréable , douce , naturelle.
Uautre par faicts , c'est Texemple , qui est prins non seulement des bons par imitation et similitude, mais encores des mauvais par disconvenance. Il y en a qui apprennent mieux de cette façon par opposition et horreur du mal en autruy. C'est un usage de la justice d'en condamner un pour servir d'exemple aux autres. £t disoit le vieux Caton ^% que les sages ont plus à apprendre des fols, que les fols des sages. Les Lacedemoniens , pour retirer leurs enfans de l'y vrognerie , faisoient enyvrer devant eux leurs serfs ^ ', affin qu'ils en eussent horreur par ce spectacle. Or cette seconde manière par exemple, nous apprend et plus facilement et avec plus de plaisir. Apprendre par préceptes est un chemin long , par ce que nous avons peine à l'entendre ; les ayant entendus à les retenir; après les avoir retenus k les mettre en usage. Et difficilement nous promettons-nous d'en pouvoir tirer le fruict qu'ils nous promettent. Mais l'exemple et imitation nous apprennent sur l'ouvrage mesme, nous invitent avec beaucoup plus d'ardeur, et nous promet,-
70 Voyez sa Vie , par Plutarque.
*7« Leurs esclaves, c'est-à-dire y les Ilotes, —r Voyez Plu-» tarque , Vie de Lycurgue,
io4. DE LA SAGESSE,
tent quasi semblable gloire que celle de ceux que nous prenons à imiter. Les semences tirent à la fin la qualité de la terre où elles sont transportées, et deviennent semblables à celles qui y croissent naturellement. Ainsi les esprits et les mœurs des hommes se conforment à ceux avec lesquels ils fi'equentent ordinairement. Il passe par contagion des choses une grande part de Tune à Tautre.
Or ces deux manières de proffiter par parole et par exemple, encores sont-elles doubles ; car elles s'exercent et se tirent des gens excellens ou vivans , par leur fréquentation et conférence sensible et externe, ou morts, par la lecture des livres. .Le-premier commerce des vivans est plus vif et plus naturel; c'est un fiructueux exercice de la vie , qui estoit bien en usage parmy les anciens , mesmement les Grecs; mais il est fortuit , dépendant d'autruy et rare : il est malâysé de rencontrer telles gens et encores plus d'en jouir. Et cecy s'exerce ou sans gueres s'eslongner de chez soy, ou bien en voyageant et visitant les pays estrangers , non pour s'y paistre de vanités comme la pluspart , mais pour en rapporter la considération principalement des humeurs et façons de ces nations là. C'est un exercice proffilable ^', le corps n'y est ny
"^^ Juste-Lipse approuvait aussi les voyages , et a donné , à ce sujet, de fort bonnes instructions. Voyez sa 22®. lettré de la V^, Centurie. — Joseph Hall, au contraire, se plaint du