LIVRE III, CHAPITRE XIV. io
oîsif ny travaillé : cette modérée agitation le tient en haleine, Tame y a une continuelle exercitation à remarquer les choses incognues et nouvelles. 11 n'y a point de meilleure eschole pour, former la vie, que voir incessamment la diversité de tant d'autres yies , et gouster une perpétuelle variété des formes de nostre nature ^\
L'autre commerce avec les morts par le bénéfice des livres, est bien plus seur et plus à nous , plus constant, et qui moins couste. Qui s'en sçait bien servir en tire beaqcoup de plaisir et de secours. Il nous de^ charge du poids d'une oysive té ennuyeuse, nous distraict d'une imagination importune et des autres choses V externes qui nous faschent ,* nous console et secourt en nos maux et douleurs : « mais aussi n'est-il bon que pour l'esprit, dont le corps demeure sans action, s'attriste et s'altère ^^.».
H faut maintenant parler de la procédure et formalité, que doibt tenir l'instructeur de la jeunesse, pour bien et heureusement arriver à son poinct. Elle a plusieurs parties : nous en toucherons quelques unes. -
mal que produisent les voyages , dans son livre intitulé Quo vadis ? Thomas Lansius ne les approuvait . pas non plus. Voyez ses Harangues de Prlncipatu inter proQincias Europœ»
7^ Arlstote dit que les voyages sont très-utiles à un législateur. — Voyez sa Rhétorique y L. I , c. iv.
7^ C'est une pensée de Montaigne un peu tronquée. Voyez les Essais j L. III, c. iiu
ïo6 DE LA SAGESSE,
Premièrement il doîbt souvent interroger son escholier, le faire parler et dire son advis sur tout ce qui se présente. Cecy est au rebours du style ordinaire, qui est que le maistre parle tous) ours seul, et enseigne cet enfant avec authorité, et verse dedans sa teste, comme dedans un vaisseau, tout ce qu'il veust; tellement que les enfans ne sont que simplement escoutans et recevans, qui est une très mauvaise façon, aiest pUrumque iis çui discere twlunt authoritas eorum qui docent '^. Il faut resveiller et eschauffer leur esprit par demandes, les faire opiner les premiers, et leur donner mesme liberté' de demander, s'enquérir, et ouvrir le chemin quand ils voudront. Si sans les faire parler on leur parle tout seul, c'^est chose presque perdue, Fenfant n'en faict en rien son proffit, pource qu'il pense n'en estre pas d'escot : il n'y preste que l'o* reille, encores bien froidement : il ne s^en picque pas comme quand il est de la partie. Et n'est assez leur faire dire leur advis, car il leur faut tousjours faire soustenir et rendre raison de leur dire, affin qu'ils ne parlent pas par acquit, mais qu'ils soient soigneux et attentifs à ce qu'ils diront ; et pour leur donner courage , faut faire compte de ce qu'ils diront , au moins de leur essay. Cette façon d'instruire par demandes, est ex-
75 <f L'autorité qu'exercent naturellemeot ceux qui enseignent sur ceux qui veulent apprendre , est le plus souvent préjudiciable à l'instruction. » — Cicér. de Nat. Deor, L. I , cap. v.