‹ De la sagesse: trois livres (volume 2)Chapitre 61 sur 170 · LIVRE III, CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XIV

cellemment observée par Socrales (le premier en cette besongne), comme nous voyons par- tout en Platon, où par une longue enfilure de demandes dextrement dictes, il mené doucement au giste de la vérité ; et par le docteur de vérité, en son évangile ^^. Or ces demandes ne doîbvent pas tant\3tre de choses de science et de mémoire, comme a esté dict, que des choses de jugement. Parquoy à cet exercice tout servira, mesme les petites choses, comme la sottise d^un laquais, la malice d'un page, un propos de table ^^ : carPœuvre de jugement n'est pas de traicter et entendre choses grandes et hautes; mais estimer et résoudre justement et pertinemment quoy que ce soit. Il leur faut donc feire des questions sur le jugement des hommes et des actions, et le tout raisonner, affin que par ensemble ils forment leur jugement et leur conscience. L'instructeur de Cyrus en Xenophon pour sa leçon

7^ Voyez St.-Math. E^ang. cap. xvi et xxii. — St.-Luc. X, ^. 25 et suiv. — Dans tous les évangiles , au reste , c'est presque toujours en interrogeant luî-méme, ou en répondant à ^cs questions , que Jésus développe ses préceptes , manifeste sa doctrine.

77 On trouve , Dans la description de la Chine , par le père Dtthalde ( T. I , p. Ll^2.^ , un exemple frappant de la manière Jont on peut donner aux enfans , dans les circonstances les moins importantes , d'utiles leçons. En rapportant les soins que Tait-Song prenait de l'éducation de ses enfans , il dit : « Tout ce qui se présentait à se» yeux servait de matière à

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luy propose ce faict ^^ : un grand garçon ayant un petit saye le donna à un de ses compagnon de plus petite taille , et luy osta son saye , qui estoit plus grand; puis luy demande son advis et jugement sur ce faict : Cyrus respond que cela alloit bien ainsi , et:^ue tous les deux garçons demeuf Oient ainsi bien accommodés. Son instructeur le reprend et le tansse bien aigrement, de ce qu'il avait considéré seulement la bienséance, et non la justice qui doibt aller beaucoup devant, et qui veut que personne ne soit forcé en ce qui est sien : voylà une belle forme d'instruire. Et advenant de rapporter ce qui est dedans les livres, ce qu'en dict Ciceron , Aristote , ce ne doibt pas estre pour seulement le reciter et rapporter, mais pour le juger ; et pour ce il le luy faut tourner à tous usages^ et luy faire appliquer à divers subjects. Ce n'est pas assez de reciter, comme une histoire, que Çaton s'est tué à Utique pour ne venir *'^ aux mains de César, et

ses instructions. Si, par exemple, il mangeait du riz, il leur faisait sentir combien ce riz avait coûté de sueurs et de fatigues aux pauvres laboureurs. Un jour qu'il se promenait avec eux sur Teau : vous le voyez, mes en&ns, leur disait-il, c'est l'eau qui porte cette barque , et qui peut en même tems la submerger. Songez que le peuple ressemble à cette eau, et l'empereur à cette barque. j>

7* Voyez la Cyropédie de Xénopbon , L. ï , c. m. — Voyez aussi Montaigne , L. I , c. xxiv , d'où Charron a pris ce trait d'histoire mot jpour mot.

*79 Pour ne pas tomber dans les mains de César.

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