‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 10 sur 245 · LIVRE II, CHAPITRE I. i · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE I. i

Phocion^, lequel voyant le monde applaudir tout haut à quelque chose qu^il avoit prononcé, se tournant vers ses amis assistans, leur dict: me seroit-il échappé, sans y penser , quelque sottise , ou quelque lasche et meschante parole, que tout ce peuple icy m'approuve ? Quis placera potest popiâo , cm placet viiius ? malis artibus quaerilur popularis favor '®. Il faut donc, tant qu'il est possible, fuyr la hantise et fréquentation du peuple, sot, imperit, mal complexionné , mais sur-* tout se garder de ses jugemens, opinions, mœurs vitieuses, et sans faire bruict tenir toujours son petit bureau à part. Quod scio non probat populus , (juod probal populus ego nesclo. — Sapiens non respicit çuid homines judicenl , non it quâ populus, sedut sidéra mundi coniraiium iter intendant , ita hic adversîis opiniones omnium vadit^\ demourant au monde sans estre du

9 Plutarque , F'ie de Phocion ; et dans les Dits notable» des rois, princes et capitaines.

»o « Celui à qui la vertu plaît peut-îl plaire au peuple ? C'est toujours par de mauvais moyens qu'on parvient à la faveur populaire ». Senec. epîst. xix.

*■ «< Ce que Je sais , le peuple ne l'approuve pas; et moi je ne sais pas ce que le peuple approuve. — Le sage ne se demande point ce que penseront les autres , il ne marche point avec le peuple ; mais comme ces astres qui décrivent une route contraire à celle du reste des étoiles , il se dirige par des opinions contraires à celles du grand nombre ». Senec. epist. XXIX. — Id. de Constantiâ sapientis , cap. i4? in fine.

i6 DE LA SAGESSE,

inonde, comme le roîgnon couvert et fermé'* dç gresse et n^en tient rien : non estis de mundo^ ideb odit vos mundus '^ ;

Odi propbanum vulgus et arceo '^.

Cest la solitude, tant recommandée par les sages, qui est à descharger son ame de tous vices et opinions populaires , et la r^avoir de cette confusion et captivité, pour la retirer à soy et la mettre en liberté.

L'autre mal et empeschement de sagesse , dont il se faut bien garder, qui est interne et par ainsi plus dangereux , est la confusion et captivité de ses passions et tumultuaires affections, desquelles il se faut despouiller et garantir, affin de se rendre vuide et net, comme une carte blanche, pour estre subject propre à y recevoîr'la teincture et les impressions de la sagesse , contre laquelle s'opposent formellement les passions : dont ont dict les sages , qu'il est impossible mesme à Jupiter d'aymer, estre .en cholere, estre touché de quelque passion, et estre sage tout

" Je croîs que c'est ainsi qu'il faut lire, et non ^stsjerme, comme dans rédîtion de Dijon : c'est le sens qui le veut. J'ai voulu vérifier en vain cette leçon dans la première édition. La £n de cet alinéa ne s'y trouve pas.

«3 M Vous n'êtes point du monde , et c'est pour cela que le monde vous hait ». St Jean , Évang. ch. xv, v. 19.

'^ Loin de moi l'odieax, le profane vulgaire !

Hoa. L. III, éd. i, v. 1

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