LIVRE lî, CHAPITRE VU. i
corps autant à commandement comme auparavant qu'elles advinssent. A celles-cy n'y a qu'un jnot : ce de quoy tu te plains n'est pas douloureux ne fascheux, mais tu en fais le semblant , et tu te le fais croire.
Quant aux vrayes et naturelles , les plus prompts , et populaires , et plus sains advis sont les plus naturels, les plus justes et équitables. Premièrement il se faut souvenir que l'on n'endure rien contre la loy humaine et naturelle , puis qu'à la naissance de l'homme toutes ces choses sont annexées et données pour ordinaires. ^* En tout ce qui a accoustumé de nous affliger, considérons deux choses ; la nature de ce qui nous arrive, 1 et celle qui est en nous : et usant des choses selon la nature , nous n'en recevrons aucune fascherie. La fascherie est une maladie de l'ame , contraire à la nature , ne doibt point entrer chez nous. Il n'y a accident au monde qui ne puisse arriver, auquel la nature n'aye préparé une habitude en nous , pour le recevoir et tourner à nostre contentement. 11 n'y a manière de vie si estroite qui n'aye quelque soûlas et rafreschissement ^^ Il n'y a prison si estroite
" Tout ce qui va suivre , jusqu'à ces mots , il n'y a ma^ niere de vie, est pris dans Du Vair, Philosophie morale des Stoiques ^ page 888.
*^ C'est ce que dit Sénèque. Invenies in quolibet génère vitce oblectamenta , et remis siones , et voluptates : De Tranquillit. animi, cap. x. — Il ajoute peu après : nihU tam acer^ hum est, in quo non cequus animus solatium inveniat.
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et obscure qui ne donne place à une chanson , poar desennuyer le prisonnier. Jonas eut bîen loisir de faire sa prierç à Dieu dedans le ventre de la baleine , laquelle fust exaucée ^^. C'est une faveur de nature qu'elle nous trouve remède et adoucissement à nos maux çnla tolérance d'iceux ^*; estant ainsi, que l'homme est né pour estre subject à toutes sortes de misères : omnia ad (fuae gemimus , quae expaçescimus , tributa vitae sunt^^.
Secondement faut se souvenir qu'il n'y a que la moindre partie de l'homme subjecte à la fortune ; nous avons le principal en nostre puissance , et ne peut estre vaincu sans nostre consentement. La fortune peust bien rendre povre, malade, affligé ; mais non vicieux, lasche , abbattu ; elle ne nous sçauroit oster la probité, le courage, la vertu *^
Après il faut venir à la bonne foy , à la raison et à la justice; souvent l'on se plaint injustement; car si parfois il est survenu du mal , encores plus souvent il est survenu du bien, et ainsi il faut compenser l'un avec l'autre : et si l'on juge bien , il se trouvera
>4 Voyez tout le chapître il du Livre attribué à Jonas.
^ . . , . Leviusjit patientia , Quicquid corrigere est nefas,
Horat. L- I , od. xxiy , v. 19.
*^ Tous ces maux que nous redoutons , tous ceux dont nous gémissons, sont autant de tributs que nous devons à la vie ». Sénèque y ép. xcvi.
'7 Cela revient à ce que dit Plutarque , qu'il n'est jamais au pouvoir de la fortune , d'outrager !a vertu. — Dans Agis et Cléomènes , vers b fin.