‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 111 sur 245 · LIVRE II, CHAPITRE VlII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VlII

de la bienséance , plus léguer et plus plaisant : un qui se moucliaît tousjours de sa main, reprîns d'incivilité, pour se deffendre, demanda quel privilège avoît ce sale excrément , qu'il luy faille apprester un beau linge à le recevoir , et puis qui plus est à Tempacqueter et serrer soigneusement sur soy ; que cela debvoit faire plus de mal au cueur, que de le verser et jetter où que ce soit; voylà comment partout se trouve raison apparenté , dont il ne faut rien si-tost et légèrement condamner.

Mais qui croiroit combien est grande et impérieuse rauthorîté de la coustume ? Qui Fa dict estre une autre nature, ne l'a pas assez exprimé ; car elle fait plus que nature , elle combat nature. Pourquoy les plus belles filles n'attirent point l'amour de leurs pères ; ny les frères plus excellens en beauté , l'amour de leurs sœurs ? Cette espèce de pudicité n'est proprement de nature ; elle est de l'usage des loix et coustumes qui le deffendent, et font de l'inceste un grand péché et non nature : comme il se voit au fait , nonseulement^des enfans d'Adam , où c'estoit nécessité forcée, mais d'Abraham et Nachor *®, frères; de Jacob, de Judas. patriarches; Amram, père de Moyse, et autres saints personnages : et c'est la loy de Moyse qui l'a deffendu en ces premiers degrés *' , mais aussi

*® Exod. VI. Levit. 18. Voyez aussi l'art. tSiar^dans le dîcl. de Bayle.

*' Deut. a5.

ao2 DE LA SAGESSE,

qui y a quelquesfoîs dispensé, non-seulement en ligne latérale , comme entre les frères et la belle-sœur , ce qui estoit commandement et non dispense ^' : et qui plus est entre le propre frère et la propre sœur des divers llcts : mais encore en ligne droltte d^ alliance , sçavolr du fils avec sa belle-mere ^^ : car en ligne droîtte de sang , Il semble bien estre du tout contre nature , nonobstant le fait des filles de Loth avec leur père , qui toutesfols fut produit purement par nature en l'extrême appréhension et crainte de la fin du genre humain, dont elles en sont excusées par les plus grands ^^. Or contre nature n'y a point de dispense aucune, si Dieu, son seul superleur, ne la donne. Au reste des Incestes fortuits et non volontaires , le monde en est tout plein, comme enseigne TertuUlen ^^. Mais encores plus elle force les règles de nature , tesmoln les médecins qui souvent quittent leurs raisons naturelles de leur art, à son authorité; tesmoln ceux qui par accoutumance ont galgné de se nourrir et vivre de poison , d'araignées , formls , lalzards , crapaux , comme practlquent les peuples entiers aux Indes. Aussi elle hebete nos sens ; tesmoln ceux qui demeurent près des cataractes du NU , clochers , armuriers , moulins , et tout le monde selon les philosophes , au sou

" Reg. 12.

■*^ Reg. 32. Cajeta. Tolet. in 3 Lucse.

^^ Chrysos. Ambros. August.

^5 In Apolog. , cap. ix.

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