LIVRE ÎI, CHAPITRE VIII. 2o
* Or Tadvls que je donne Icy à celuy qui veust estre sage , est de garder et observer de parole et de fait les
revocare mentem a sensibiis , et cogitationem a consuetudine abducere, Cicer. Tuscul , L. I.
* P'ariante. Or l'advis que je donne îcy à celuy qui veust estre sage , est de garder et observer de parole et de faîct les lois et coustumes que Ton trouve establies au pays où Ton est ; vopotç cTTfiffôaè \ptv ey;(wpotç y.a).ov , et ce , non pour la justice ou équité qui soit en elles , mais simplement , pource que ce sont loix et coustumes ; non légèrement condamner ny s^ofTenser des estrangeres ; mais bien librement et sainement examiner et juger les unes et les autres , n'obligeant son jugement et sa créance qu'à la raison. Voicy quatre mots. En premier lieu , selon tous les sages , la réigle des reîgles , et la générale loi des loix , est de suyvre et observer les loix et coustumes du pays où Ton est, sequihas leges indigenas honestum est Toutes façons de faire escartées et particulières, sont suspectes de folie ou passion ambitieuse, heurtent et troublent le monde.
En second lieu, les loix et coustumes se maintiennent en crédit, non parce qu'elles sont justes, mais parce qu'elles sont loix et coustumes ; c'est le fondement mystique de leur authorité; elles n'en ont point d'autre , et celuy qui obéis t à la loy , pource qu'elle est juste , ne luy obeist pas , parce qu'il doibt, ce serait soubmestre la loy à son jugement^ et luy faire son procès, et mettre en doubte et dispute l'obéissance, et par conséquent Testât et la police , selon la souplesse et diversité, non-seulement des jugempns, mais d'un mesme jugement. Combien de loix au monde injustes , impies , extravagantes , non-seulement aux jugemens particuliers des autres, mais de la raison universelle !
ao8 DE LA SAGESSE,
pie , undè vocatur depositio discret ionis , meraexeculio, ab^ negatio sup^. Or la vouloir relgler parla justice, le mérite , la boute' des loix et supérieurs, c'est en les sousmettant à son jugement, leur faire le procès, et mettre en doubte et dispute Tobeissance, et par conséquent Testât et la police , selon la soupplesse et diversité des jugemens. Combien de loix au monde injustes, estranges, non seulement aux jugemens particuliers, mais de la raison universelle : avec lesquelles le monde a vescu longtemps en profonde paix et repos , et avec telle satisfaction , que si elles eussent esté très justes et raisonnables ; et qui les voudroit changer et rhabiller , se montreroit ennemy du public , et ne seroit à recevoir : la nature humaine s'accommode à tout avec le temps, et ayant une fois.prins son ply, c'est acte d'hostilité de vouloir rien remuer : il faut laisser le monde où il est, ces brouillons et remueurs de mesnage, sous prétexte de reformer, gastent tout.
Tout remuement et changement des loix , créances, coustumes , et observances est très dangereux , et qui produit tousjours plus et plustost mal que bien ^^ ;
36 « C'est ce qui fait ^qu'exécuter un ordre, sans se livrer à aucune réflexion ni raisonnement , s'appelle . obéissance passive , abnégation de soi-même >». Je crois que ce passage est tiré du Corpus juris cU'ilis. , .;' . .
h Salluste dit très-éloquemment à ce sujet : omnes rerum mutaiiones.., ccedem, Jiigam , aliaque hostUia portendwit. Frustra autem niti, tienne aliud se Jati^ando nisi odiuni