LIVRE II, CHAPITRE VIII
il apporte des maux tous certains et presens. Pour un bien à venir et incertain , les novateurs ont bien tousjours des spécieux et plausibles tîltres, ^* mais ils n'en sont que plus suspects , et ne peuvent eschapper la note d'une ambitieuse présomption de penser voir plus clair que les autres, et qu'il faut pour establir leurs opinions, renverser un estât, une police, une paix et repos public ^^.
Je ne veux pas dire pour tout ce dessus qu'il faille absolument obéir à toutes loix , et à tous commandemens supérieurs, car à ceux que l'on cognoist évidemment estre contre Dieu ou nature , il n'y faut pas obéir ny aussi rebeller et troubler l' estât : comment se faut gouverner en tels cas sera enseigné cy après, en l'obeissance deue au princes , car à la vérité cet inconvénient et malheur se trouve plustost et plus souvent
quœrere^ exiremœ demeniiœ est : nisi forte quem ihhonesta et pemicwsa libido tenet , potentiœ paucorum decus atque Ubertalem suam greUificari. Sallust. Bell. Jugurth. , cap. 11 , proœm.
^ La fio de ce paragraphe est prise dans Montaigne 9 L. I , cb. XXI.
^ Ce furent sans doute de pareilles considérations qui donnèrent lieu à cette loi fameuse de Charondas, selon laquelle tous ceux qui proposaient des innovations , devaient le faire la corde au cou , afin que s'ils ne parvenaient pas à convaincre de la nécessité d^ abroger les anciennes lois, ils fussent étranglés sur le champ. Voyez Diodore de Sicile , L. Xll, ch. XVII.