II. i
aux commandemens des princes qu'aux loix. Ce n'est encores assez de n'obéir aux loix et supérieurs , à cause de leur valeur et mérite, mais ny aussi servilement, craintivement, c'est a faire au commun et prophane: le sage ne fait rien par force ny crainte , soU hoc sapienti coniingit, ut nil faciat invitus, recta seijuitur, gaudet ofjicio ^®. Il fait ce qu'il doibt et garde les loix , non pour crainte d'elles, mais pour l'amour de soy, estant jaloux de son debvoir, il n'a que faire des loix pour bien faire , c'est en quoi il diffère du commun, qui ne peust bien faire et ne sait ce qu'il doibt sans loix , elles luy sont requises , at justo et sapienti non est lex posiia^\ Par droit le sage est par-dessus les loix , mais par effet externe et public, il est leur volontaire et libre subject , obéissant.
En troisiesme lieu, c'est le fait de légèreté et présomption injurieuse, voire tesmoignage de faiblesse et insuffisance, de condamner ce qui n'est conforme à la loy et coustume de son pays. Cela vient de ne prendre pas le loisir, ou n'avoir pas la suffisance de considérer les raisons et fondemens des autres ; c'est faire tort et honte à son jugement, dont il faut puis souvent se desdire , c'est ne se souvenir pas que la nature humai-
^^ Cicér. Paradox. V. — Le latin est traduit et développé dans le texte de Charron*
^' « La loi n^a pas été faite pour l'homme juste , ni pour
le sage >».