LIVRE II, CHAPITRE X
leur caractère , leur humeur , leur esprit ; 2°. d^estîmer les choses à leur véritable valeur ; de les apprécier , non d'après les seotîmeos du vulgaire , mais diaprés Topinion des sages; Z^, de savoir bien choisir ; et rien de plus difficile , car souvent on est obligé d^opter entre deux parties condamnables. Le plus sûr est de prendre le parti le plus honnête ; 4°* de prendre conseil d^autrui , et lorsque ces conseils paraissent bons, de les suivre sans murmure et sans restriction; 5®. de n'avoir ni trop de confiance, ni trop de défiahce. L'une rend négligent, et ne prévient pas en notre faveur ceux que nous voulons intéreser; l'autre ne nous permet pas d'user de tous nos moyens ; 6^. de savoir saisir l'occasion , et conséquemment d'éviter la précipitation , et aussi l'indolence ; 7**. d'employer quelquefois l'habileté , de prendre toujours pour guide la vertu, de compter, mais peu, sur la fortune. Il est inutile de mettre en compte la discrétion , la docilité : qui ignore que ces qualités sont nécessaires dans toutes les entreprises?
Exemples : Aristote; — Origène; — Marins.
CecY appartient proprement à la vertu de prudence, de laquelle sera traicté au commencement du livre suyvant , où seront touchés particulièrement les conseils et advls divers /selon les diverses espèces de prudence et occurrence des affaires. Mais je mettrai icyles polncts et chefs principaux de prudence, qui seront advls généraux et communs, pour instruire en gros nostre disciple à se bien et sagement conduire et porter
au trafic et commerce du monde et au maniment de lous affaires , et sont huit.
Le premier consiste en Intelligence, c'est de bien cognolstre les personnes avec qui l'on a affaire, leur naturel propre et particulier, leur humeur, leur esprit, leur Inclination , leur dessein et Intention , leur procédure : cognolstre aussi le naturel des affaires que l'on tralcte, et qui se proposent, non seulement en leur superficie et apparence, mais pénétrer au dedans ; non seulement voir et cognolstre les choses en soy , mais encores les accldens, les conséquences, la suite. Pour ce faire 11 les faut regarder à tous visages, les considérer en tous sens : 11 y en a qui par un costé sont très spécieuses et plausibles , et par un autre sont très vilaines et pernicieuses. Or 11 est certain que selon les divers naturels des personnes et des affaires, 11 faut changer de style et de façon de procéder, comme un nautonnler qui selon les divers endroits de la mer, la diversité des vents, condulct diversement les voiles et les avirons. Et qui voudrolt par-tout se conduire et porter de mesme façon , gasterolt tout , et ferolt le sot et ridicule. Or cette cognolssance double de personnes et d'affaires n'est pas chose fort facile , tant l'homme est desgulsé et fardé ; l'on y parvient en les considérant attentivement et meurement, et les repassant souvent par la teste , et à diverses fois sans passion.
Il faut puis après apprendre a bien justement estimer