‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 129 sur 245 · LIVRE II, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XI

mer acte. — Il faut donc apprendre à mourir. Craindre la mort est le plus grand malheur; il faut l'attendre comme une chose naturelle, inévitable. Elle n'est un mal que dans Popinion du vulgaire. Pense-t-il mieux que les sages, qui nous disent que c'est le moment où nous sortons d'esclavage. — Un mauvais remède contre la crainte de la mort, c'est d'éviter d'y penser, de n'en jamais parler. Il faut bien mieux s'accoutumer à la voir de près , se (amiliariser avec elle. Mais il paraît dur de mourir jeune. C'est , au contraire , une faveur du ciel , qu'une mort prématurée. Une vertu insigne accompagne rarement une longue vie. D'ailleurs , il faut peu de tems pour apprécier le monde. Un jour ressemble à tous les autres. Plus on goûte de plaisirs , moins on y est sensible. Si Ton pouvait rendre la vie aux morts, ils refuseraient tous de la reprendre. — C'est peu de ne pas craindre la mort , il &ut la mépriser. Qui méprise la mort , jouit d'un véritable empire dans ce monde. Il est maître de sa vie et de celle d'autrui, ce qui peut, il est vrai , entraîner quelquefois de funestes résultats. — Mais est-il permis de désirer la mort , ou de se la donner i' Il semblerait qu'on dût être libre de fuir la douleur ou l'ennui : c'est quelquefois , non seulement courage , mais vertu, comme le prouvent nombre d'exemples, tant anciens que récens. A cela , on peut objecter que c'est se soustraire aux obligations que nous impose la Providence ; c'est déserter le poste où elle nous a placés. C'est donc plutôt lâcheté, que courage ; c'est , de plus , mal raisonner. Les malheurs qui font désirer de mettre un terme à la vie , n'auraient pas été eux-mêmes sans terme; le tems, la fortune changent sans cesse la position des hommes. Il fallait donc attendre. — Au reste , il y a de la faiblesse et de la vaillance également dans ceux qui se donnent la mort, et dans ceux qui cherchent à la retarder. Tout ce qu'il faut, c'est de s'y pré-

parer. — Il est divers genres de morts. La plus courte est la meilleure ; une mort tranquille est aussi très-désirable. Il ne faut donc point se laisser entourer , à ses derniers momens , d^amis , de parens qui vous attristent de leurs rer grets , ou vrais ou feints. Le sage ne doit pas souhaiter plus d'affliction dans ceux qui vont lui fermer les yeux, quMl ne doit en montrer en se séparant d'eux.

Exemples : Epaminondas ; I^abérius ; Solon et Crésus ; Chiron ; — Les Egyptiens ; les Chrétiens ; Lycurgue ; David ; Elvidius Priscus ; — Les Lacédémoniens et Philippe, père d^ Alexandre ; Héliogabale ; Lucius-Domitius ; César; Socrates ; Pomponius Atticus , et Tullius Marcellinus ; Cléanthes le philosophe ; Othon et Caton ; les Lacédémoniens et Antipater ; Razicas ; S''.-Pélagie et S**.-Sophronie ; — Capoue; Astapa ; Numance; Abydos; une ville des Indes ; Marseilles ; Fîle de Céa ; — L'historien Josephe ; Platon ; Scipion ; Régulus ; Caton ; les femmes de Pœtus , de Scanrus , de Labeo , deFulvius, de Sénèque; — Caton, Gravius, Silvanius et Statius Proximus ; Spargapisès ; Bogès ; Nerva ; , Vibius Yirius ; Jubellius ; Brutus et Cassius ; Cléomènes.

LiE jour de la mort est le maistre jour ^ , et juge de tous les autres jours , auquel se doibvent tousclier et esprouver toutes les actions de uostre vie. Lors se faict le grand essay , et se recueille le grand fruict de tous nos estudes. Pour juger de la vie, il faut regarder

' Ceci , ainsi que plusieurs pensées de ce paragraphe , pris dans Montaigne , L. I , chap. xviii.

est

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