‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 130 sur 245 · LIVRE II, CHAPITRE XL aS · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XL aS

comment s'en est porté le bout, car la fin couronne Tœuvre*, et la bonne mort honore toute la vie, la mauvaise diffame : Ton ne peust bien juger de quelqu'un sans luy faire tort, que l'on ne luy aye veu jouer le dernier acte de sa comédie , qui est sans doute le plus difficile. Epaminondas le premier de la Grèce, enquis lequel il estimait plus de trois hommes , de luy, Chabrias, etiphicrates, respondit : il nous faut voir premièrement mourir tous trois avant en résoudre ^ : la raison est qu'en tout le reste il y peust avoir du masque, mais à ce dernier rooUet, il n'y a que feindre,

Nam verae voces tum demum pectore ab imo Ejiciuntur, et eripitar persona , manet res ^.

D'ailleurs, la fortune semble nous guetter à ce dernier jour comme à poinct nommé, pour monstrer sa puissance, et renverser en un moment ce que nous avons basti et amassé en plusieurs années, et nous fait crier avec Laberius ,

Nimirom bàc die iinà plus vixi mihi , quam vivendum fiiit ^;

* C'est ce que dit Pline : Alius de alio judicat dies , et tamen supremus de omnibus, "^^sAut, Hist. L. VII, cap. XL.

^ Plutarque : Dits notables des rois , princes , etc.

4 <c C'est alors que des discours sin<^ères sortent du fond du coeur.

Le masqae tombe , et Vbomme reste ».

LuCRET. L. III , V. 57.

^ <c J'ai vécu un jour de plus que je n'aurais dû vivre », Macrob. L. II , cap. vu.

et ainsi a esté bien et sagement dict par Solon k Cresus ,

. . . Ante obîtum nemo beatas^.

C'est chose excellente que d'apprendre à mourir, c'est l'estude de sagesse qui se resoult toute à ce but : il n'a pas mal employé sa vie , qui a apprins à bien mourir , il l'a perdue qui ne la sçait bien achever , malè vivet (juisquis nesciet benè mon: non frustra nascitur qui benè moritur: nec inuiiliier vixit, qui féliciter desiit: mon totâ vitâ ^scendum est, etprœcipuum ex vitœ officUs est ^ Il ne peust bien agir qui ne vise au but et au blanc : il ne peust bien vivre qui ne regarde à la mort; bref la science de mourir, c'est la science de liberté, de ne craindre rien , de bien doucement et paisiblement vivre : sans elle n'y a aucun plaisir à vivre , non plus qu'à jouyr d'une chose que l'on craint tousjours de perdre.

Premièrement et sur-tout il faut s'eflForcer que nos vices meurent devant nous * ; secondement se tenir tout prest. O la belle chose! pouvoir achever sa vie

^ (c Personne avant la mort, ne peut se dire heureux >*.OyiJ. Metam. L. III , Fab. li , v. By.

7 ce II aura mal vécu quiconque n^aura pas appris à bien monrîr. — Ce n'est pas envaln qu'il est né , celui qui meurt bien.

— Et il n'a pas inutilement vécu , celui dont la mort est heureuse. Il hvii apprendre à mourir, toute la vie; c'est le plus important des devoirs ». Sénèque , de Tranq, iuiùni, cap. XI;

— de Brevit, vitœ, cap. vu ; — Epist. Lxxvii.

^ Ceci est pris de Sénèque ; Epist. xxvir.

Page 1