‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 13 sur 245 · LIVRE II, CHAPITRE L tg · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE L tg

beaucoup encores pour ces gens-là , quand les passions, qui maistrisent en eux, ne sont pas des pires. Le troisiesme remède et bon (encores qu'il ne soit le meilleur) est prudent et artificiel, par lequel l'on se desrobe, Ton fuyt, l'on se tapit et se cache aux accidens, et à tout ce qui peust picquer, esveiller ou eschaufFer les passions. C'est une estude et un art par lequel on se prépare avant les occasions, en destoumant les advenues aux maux , et l'on pourvoit à ne les sentir point, comme fit ce roy'^ qui cassa la belle et riche vaisselle que l'on luy avoit donnée, pour oster de bonne heure toute matière de courroux. L'oraison proprement de ces gens-cy est ne nos inducas in tentationem^^. Par ce remède, qui sepîcque au jeu ne joue point; les gens d'honneur prompts et choleres fiiyent les altercations contentieuses, arrestent le premier bransle d'esmotion; car quand l'on est dedans il est mal aysë de s'y porter bien sagement et discrettement; nous guidons les affaires en leurs commencemens, et les tenons à nostre mercy; mais après qu'ils se sont esbranlés et eschauffés, ce sont eux qui nous guident et emportent. Les passions sont bien plus aysées à esviter qu'à modérer, exscinduntur

*7 C'était Cotys, Voyez Plutarque, Dits des rois, princes et capitaines,

'^ K Ne nous livrez ppint à la tentation ». Saint Mathieu , dbap. VI, Y. i3L

animo JaciUus y quiun temperantur^^, pource que toutes choses sont en leur naissance foibles et tendres. En leur petitesse Ton ne descouvre pas le danger, et en leur force Ton n'en trouve plus le remède ; comme nous voyons en plusieurs qui facilement et légèrement entrent en querelle, procès, dispute, puis sont forcés d'en sortir honteusement ^**, et faire des accords lasches et vilains, cherchant des faulses interprétations, mentant et se démentant eux-mcsmes, trahissant leur cueur, plastrant et palliant le faict, qui sont tous remèdes pires cent fois que le mal qu'ils veuslent guarir : meUhs non incipient, (juàtn desinent ^'; de la faulte de prudence ils retombent en faulte de cueur : c'est au contraire du dire de Bias, entreprendre froidement, mais poursuivre ardemment ^*. C'est comme les sots tachés du vice de mauvaise honte, qui sont mois et faciles à accorder tout ce qu'on leur demande , et puis sont faciles à faillir de parole et à se desdire ^^.

19 « Il est bien plus (acîle de les arracher de l'ame , que de les gouverner». Senec, epist. cviii.

'^ Tout cela , depuis la citation , est pris dans Montaigne , L. III , chap. X.

^' « Ils ne commenceront pas mieux qu^ils ne finiront ». Senec. , epist. Lxxii , in fine. — Voyez aussi Montaigne , L. III , c. x.

»* Si ifuid ngere instituis , lenth id aggredere : cœtenim in eo quod elegeris firmiler persiste, — Diogèn. Laerc. Fie de Bias y L. I , §. 87.

^^ C^est une pensée de Plutarque que Charron a prise dans

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