LIVRE II, CHAPITRE XL a^i
sçait : et pratiqua ce sîen dire en soy-mesme ; car sollicité par ses amis de plaider devant ses juges pour sa justification, et pour sauver sa vie, yoicy la harangue qu'il leur fit. Messieurs, si je vous prie de ne me faire point mourir, j'ai peur de m'enferrer et parler à mon dommage, car je ne sçay que c'est de mourir, ny quel il fait : ceux qui craignent la mort, présupposent la Gognoistre : quant à moy je ne sçay quelle elle est, ny ce que Ton fait en Tautre monde ; à Padventure la ;iapirt est chose indifférente, à Tadventure chose bonne t désirable. Les choses que je sçay estre mauvaises, omme offenser son prochain, je les fuis; celles que ne cognois point du tout, comme la mort, je ne les is craindre. Parquoy je m'en remets à vous. Car je
est plus expédient pour moi, pas, par ainsi vous en ordonplaira.
de la mort, c'est premièrement
uardise : il n'y a femmelette qui
de jours de la mort la plus dou-
mary, d'enfant; pourquoy, la
fera-t-elle en une heure voire
mme nous en avons mille exem-
s obtiendra d'un sot et d'mi
à l'homme la sagesse , la fermeté ,
ne pms sçavoir imourir ou ne mo \ertz comme il v Tant se tourme le foiblesse e le s'appaise dans looreuse qui soit, âson , la sagesse , tt promptement des), ce que 1 \îble*^?Qu
ne h|^rie pas , et ne fait plus et plustost que
'' Sen., ep. xxxvi, in fine,
ji. i6
a^n PE LA SAGESSE,
le sot et le foible? Cest de cette foibles^e |i|ae la plu$ p9rt des hommes mourans ne peiay/ei^t dy| jt|C>ut se respuldre que ce $oit leur dernière h^urie, et n^est ^ endroit où U piperie de Tesper^M^ce aipus^ plu^ ; cela advient aussi peut-estre de ce que nous .estiniQps §;r^^4e chose nostre mort, et nous semble que Tuni^^sité des choses a interest de compatir à nostre ^n , t^t fort nous nous estimons '^.
£t puis tu te monstres mjuste, car ^i la m^vt. e/st bonne chose, comme elle est, pourquoj la crai^s-ta? Si cVst une mauvaise chose , pour quoy l^mpire^-tu, et ajoustes mal sur mal , à la mort encores de I9 A^nleur? comme celuy qui çppllé d^uqe partie de ces biens par Tennemy, jette le reste en là mer, pour |£re qu^en cette façon il regrette qu^il a esté d.evatisé-
Finalement craindre la mort c^e^t estre enneçiy de soy et de sa vie ; car celuy ne peust vivre à s.on ayse et content, qui craini de ipourir. Celuy-là vit vrayement libre, qui ne craint point la mort : au contraire le vivre fst servir, si la liberté de mourir ^n e4 à dire *^. La mort^st le seul app.uy.de nostr/s liberté, .commune «t prompte re^epte à tous ma.ux : c^es.t .4/onc 'estre bien misérable (et ainsi le sont presque tpjas)
'^ Voyez Montaigne , L. II , chap. xiit. Oq y trouve prèsque le^ mêmes mots.
«5 ^ita , si moriendi virlus abest\ servUus est, Senec. epist. 77. Dans toute cette épitre, Sénèque parle beaucoup du mépris de la mort.