LIVRE II, CHAPITRE XI
cence , la vîrilîté , la vieillesse du monde : il n'y a autre finesse que de recommencer.
Les parens et amis : vous en trouverez èncoTes plus où vous alliez , et tels que n'avez ericorcs jamais teu ; et puis ceux d'îcy que vous regrettez vous suyvront hietitost.
De })ètits énfans orphelins, sans conduitte et sans support ^ comtne si te^ èdfans là estaient plus à vous qii'îiDîeu , comme si Vous les aymiez dadvantage que liiy, qui en est le premier et plus vray père ; et combien de tels sont parvenus grands ^ plus. que d'autres *^.
Pciist-èstre que vous traignez de vous en aller seul ,
c'est grande simplesise ; tant de gens meurent avec
et à iheisniè heui'e qiie vous ^K
Au reàte, vôtis allfez en lieu où vous ne regretterez poitit cfette tie ; comment regretter ? s'il estoit loisible
de la reprendre ; l'on la refuseroit : et si l'on eust sçeu
qile c' estait avant que de la recevoir, l'on n'en eust
pbint voulu , tjitam nemo acciperei si daretur scienlibus ^^.
Poùrqtioy regretter, puis que tu serais ou du tout
rien , selon les mdscreans^ ou beaucoup piieux y ce
disent tous les sagei^ du inonde ."^ PoUrquoy doux: t'es-
fâffôtt€hes-td de la mort , puis que tti es sans grief ?
Le mesme passage que tu as fait de la mort , c'est-à-
a6 Voyes Duvair., hQ,,çUcU.
^1 Ceci est pris àh Senièque^ ép. LXXVll.
*^ La traduction de cette phrase de Sénèque , se trouve immédiatement avant la citation.
dire du rien à la vie , sans passion , sans frayeur , refais le dç la vie à la mort , reverti undè veneris , (jmd grave est ^^ ?
Peut-estre que le spectacle de la mort te desplais t, à cause que ceux qui meurent font laide mine : oui , mais ce n^est pas la mort , ce n^est que son masque. Ce qui est dessoubs cache, est très beau, la mort n'a rien d'éspouvantable : nous avons envoyé de lasches et poureux espions pour la recognoistre ; ils ne nous rapportent pas ce qu'ils ont veu , mais ce qu'ils en ont ouy dire , et ce qu'ils en craignent.
Mais elle nous ravit des mains tant de choses , ou plustost nous ravit à elles , et nous ravit à nous-mesmes , nous oste de ce que nous cognoissons et avons ja tant accoustumé, pour nous mettre en un estât in cognu , at horremus ignota ^" , nous oste de la lumière pour nous mettre en ténèbres, bref, c'est nostre fin , ruine , dissolution , ce sont les plus pesans objects à quoy l'on peust en un mot respondre que estant la mort la loy de nature inévitable, comme sera dict après , il ne faut point tant disputer , c'est folie de craindre ce que l'on ne peust éviter. Démentis est timère mortem, çuia certa ezpectantar^ dubia metuuntttr,
*9 « Retourner d'où l'on est venu , est-ce là une si grande aClBatire ». Sénèque, de Traru/uillit, éminu, cap. xi.
^ « Mais nous ayons horreur de ce qui nous est inconnu ». Sén. ép. LXXii.