LIVRE II, CHAPITRE XI. 24g
mors habei necessitaiem œquam et inçiciam ^/. Mais voicy que ces gens font bien mal leur compte , car c^est tout le contraire de ce qu^ils disent ; au lieu de nous ravir aucune chose, elle nous donne tout; au lieu de nous oster à nous-mesmes , elle nous rend et restitue libres à nous \ au lieu de nous mettre en ténèbres, elle nous en oste et nous met à la lumière , et nous fait le mesme tour que nous faisons à tous fruits , les despouillant de leurs estuys , boettes et énvelopures, espics, balles , cocpes , escorces , pour les mettre en vue , en usage , en nature , ita soletjieri, pereunt semper velamenta noscentium ^^ ; elle nous oste d'un lieu estroit , incommode, catarreux, obscur, d'où Ton ne voit qu'une bien petite partie du ciel, et la lumière que de loin, et par deux petits trous des yeux, pour nous mettre en pleine liberté, santé asseurée, clarté perpétuelle, en tel lieu et tel estât cpie tous entiers nous voyons le ciel entier , et la lumière toute en son lieu : œquaUter tibi splendebit omne cœli lotus , totam lucem suo loco prope totus aspicies^ ifuam nunc per angustissimas oculorum vias pro-
^' « On ne peut qu^atténdre les choses qiiî doivent arriver, comme on ne peut craindre que ce qui est incertain : c^est donc folie de redouter la mort qui est d^une nécessité égale pour tous, et dont rien ne saurait triompher ». Sénèque, ép. zxx.
^^ « C'est ainsi que Ton ôte toujours aux en&ns nouveau nés, l'enveloppe avec laquelle ils viennent au jour ». Sén. ép. cil.
a5o DE LA SAGESSE.
ctU intueris et miraris^^. Bref, nous ôste de la mort qui avôit commencé àii yeniré de la mère et finit maintenâdt pour nous mettté en la vie (|âi ne finira jamais. Diés iste iquém tanijumn eà:iremmh refonniiàs^ aeterni nataUs est^^,
La seconde *^* est d^ame bonne , douce et reîglëe, et se prâctique justement en une vie comtttune, eqûable et paisible, par ceux qui avec raison estiment beaucoup cette condition de vie et se contentent d'y durer : tuais se rdngeâns à la raison , FÂccèptent quand elle v^ent. Cest une attrempée médiocrité , sortdble à telle condition de vie entre lés extrémités ( qui sont désirer et crâiîidre, chercher et fùyr, vicieuses et blasmàbles )
Sâmmum ne metùats dicm, nec optci^ ;
moTiem cbhcupiscentès et timentes lœ^ûè cibjùrgàt Epicurus^^ j si elles ne sont couvertes et excusées pat quel-
^^ Sénèque , épitre ctl. Le passage est traduit dans là phrase précédente du texte.
^^ ce Ce même jour que tu redoutes comme le dernier, est celui où tu nais dans Téteruité ». id. ibid, ^
^^^ La seconde manière de se porter sur Vendroit de la mort y pour me servir du style de Charron, l^our suivre ses raisonnemens , il faut, autant qu'on peut, se rappeler les divisions qu'il a d'abord établies.
^^ « Ne crains, ni ne désire le dernier jour ». Dernier vers de la 4-7^ épigramme du L. X. des épig. dé Martial.
h te Épicure se déclare également contre ceux qui craignent la mort, et contre ceux qui la désirent ». Sén. ép. xxxiv.