‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 137 sur 245 · LIVRE II, CHAPITRE XI. aSi · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XI. aSi

que raison non coriiraitne et ordinaire, comme serapuis dlct en lieu. Désirer et chercher est mal , c'est injustice de vouloir mourir sans cause , c'est porter envie au monde à qui hostre vie peust estre utile; c'est estre ingrat à nature , que de mesprisef et ne vouloir user du meilleur présent qu'elle nous puisse faire; et estre par trop chagrin et difficile de s'ennuyer et ne pouvoir durei^ en un estât qiii ne nous est point onéreux , et par trop en charge ; la fuyr et craindre , c'est aller contre nature , raison , justiice et tout dcbvdir.

D'autant que mourir est chose naturelle, nécessaire et itievitable , juste et raisotmable. Naturelle , car c'est utie pièce de l'ordre de l'univers, et de la vie du monde; voulez-votls qu'on ruine ce mondé, et qu'on en face un tout nouveau pour vous ? La mort tient un très grand rang en la police et grande République de ce monde : et est de très grâiide utilité pour la succession et durée des œuvres de nature : la défaillance d'une vie est passage à mille autres :

. . . Sic renim summa novatur ^.

Et non-seulement c'est une pièce de ce grand tout : mais de ton estre particulier ^ non moins essentielle que le vivre , que le naistre : eu fuyant de mourir, tii te fuis toy-mesme : ton estre est légalement parti en ces deux, à la vie et à la mort, c'est là condition de ta création. Si tu te fasches de mourir , il ne falloit

^^ (c Ainsi se renouvelle la chaîne des êtrcè ». Lucret.

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pas naîstre , on ne vient point en ce monde a autre marche' que pour en sortir ; qui se fasche d'en sortir, n'y debvoit pas entrer. Le premier jour de ta naissance t'oblige et t'achemine à mourir comme à vivre.

Nascentes morimur , finisque ab origine pendet^.

Sola mors jus œquwn estgeneris hwnani^ — vhere noluit quimori non vuU, vita cum exceptione mortis data estj — tarn stultus quitimet mortem, quàm qui senectutem ^^

Sefascher de mourir, c'est se fascher d'estre hœnme^', car tout homme est mortel : dont disoit tout froidement un sage , ayant reçeu nouvelles de la mort de son fils : je sçavois bien que je l'avois engendré mortel ^^. Estant donc la mort chose si naturelle et essentielle, et pour le m,onde en gros, et pour toy en particulier , pourquoy l'as-tu en si grand'horreur ? Tu

^9 <c Nous mourons parce que nous sommes nés ; tout commencement veut une fin ». Maniiius, Astronomicon. L. IV. V. i6.

^° (c La mort est le droit commun du genre humain; — celui qui ne veut pas mourir , devrait refuser de vivre ; car la vie ne nous a été donnée , que sous la condition de la mort; — il y a autant de folie à craindre la mort que la vieillesse ». Sénèque , ép. xxx , passim,

^' Quisqids queritur aliquem mortuum esse , queritur h(h minem fuisse. Sénèq. épit. xcix.

^' Plutarque donne ce mot au philosophe Anaxagoras , ( Consolation à Apollonius ) \ de même Cicéron , Consolât» Voyez aussi ^lien, F'ar. Hist. L. IIÏ, cap. ii.

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