‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 138 sur 245 · LIVRE II, CHAPITRE XI. aSS · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XI. aSS

vas contre nature : la crainte de douleur est bien naturelle, mais de la mort, non : car estant de si grand service à nature , et Payant elle instituée , à quoy faire nous en auroit-elle imprimé la haine et l'horreur ? Les enfans, les bestes, ne craignent pas la mort, voire la soufîrent gayment : ce n^ est donc pas nature qui nous apprend à la craindre , plustost nous apprend-elle à Tattendre et recevoir comme envoyée par elle.

Secondement est nécessaire, fatale, inévitable; et tu le sçais toy qui crains et pleures : quelle plus grande folie que se tourmenter pour néant et à son escient ? Qui est le sot qui va prier et importuner celuy qu'il sçait estre inexorable , et frapper à une porte qui ne s'ouvre point ? Qu'y a-t-il plus inexorable et sourd que la mort ? il faut craindre les choses incertaines , se remuer pour les remediables , mais les certaines , comme la mort , il les faut attendre , et se résoudre aux irrémédiables* Le sot craint et fuit la mort, le fol la cherche et la court, le sage l'attend : c'est sottise de regretter ce qu'on ne peust recouvrer, craindre ce qu'on ne peust fuyr ,

Feras non culpes, quod vitari non potest^^.

L'exemple de David est beau ; lequel ayant entendu

43 ce Souffre sans te plaindre , ce que tu ne peux éviter » . Pablîus Syrus. — Il y a dans le texte mulariy et non vitarL Voy. Comicor. làtinor, sententùe ; édit. de Henri Etienne , i56^. ff. 6i4*

la fhort de son petit tant cher, prend ses Ijiabillemens de (este et veust banquetter, disant à ceux qai sW bahyssolent de cette façon de'&Ire, qu'il avoit voulu essayer à gaîgïier Dieu pour luy sauver son fils, mais qu'estant mort cela estoit faict , et n'y avoIt point de remède. Le sot pense bien répliquer , disant que c'est proprement pourquoy il se deuil *^^ et se tourmente, à cause qu'il n'y a point de remède ^^ ; mais il redou-

*^^ 11 se plaint , DoleL

^^ Quoiqu'en dise Charron, cette réponse n'est pas mauvaise. Elle prouve au contraire qu'on peut rétorquer la plupart des arguments dont on se sert pour consoler quelqu'un. Puisque l'occasion s'en présente , je dterai ici un pas^ge fort sensé de Bayle. « il faut convenir , dit-il , que la plupart des lieux communs de la consolation ont deux faces, et qu'ils peuvent servir à deux mains. Ils ont le défaut de pouvoir être rétorqués; car, par exemple, qu'y a-t-il de plus sensé que de ne rien faire d'inutile? Sur ce pied>là , vous raisonnes bien contre une mère affligée de la mort de son cher fils , si vous lui dites que ses pleurs ne serveut de rien. Mais c'est cela même , peut-on vous répondre , qui |ne rend inconsolable ; car si je pouvais réparer ma perte , je la supporterais patiemment, si j'espérais , comme on faiit dans le négoce, regagner sur un vaisseau ce que j'aurais perdu sur un autre. Je ne doute pas que Foulques n'eût niieux réussi à consoler Abélard , si Abilard n'avait perdu que sa barbe. De quoi vous afQjgez-vous ? lui eût-on dit : on vous a coupé votre barbe ; voilà un grand malheur ! attendez encore quelques mois, et vous en aurez une autre , etc. » Voy. Çayle, article Foulques^ Rem. F. Ce passage renverse sans réplique la critique de Char-

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