LIVRE II, CHAPITRE XL a
ble et achevé sa sottise , scienter frustra niii, extremae deineniiœ est ^^. Or estant ainsi nécessaire et inévitable , non-seulijnjient ne sert de rien de la craindre , mais faisant de nécessité vertu, il la faut accueillir et i-ecevolr doucement ; car il est plus commode d'aller à la mort, que si elle venoit à nous, et la prendre que si elle nous prenoit.
Tiercement c'est une chose raisonnable et juste que de mourir , c'est raison d'arriver au lieu où l'on ne cesse d'aller; si l'on y craint d'arriver, il ne faut pas cheminer, mais s'arrester ou rebrousser chemin , ce que l'on ne peust. C'est raison que tu fasses place aux autres , puis que les autres te l'ont fait : si vous avez faict vostre profit de la vie, vont estes repeu et satisfaict , allez vous en , comme celuy qui appelé en un ))anquet a prins sa réfection. Si vous n'en avez sçeu user et qu'elle vous soyt inutile, que vous chaut-il de la perdre ? à quoy faire la voulez-vous encores ? C'est un debte qu'il faut payer, c'est un despost qu'il faut rendre à toute heure qu'il est redemandé. Pourquoy plaidez vous contre votre cedule, votre foy, votre deb-
ron. Notons eu passant, que Charron a cité la réponse de Socrate , pour prouver que .chaque raison en a une contraire. Il reconnaissait donc eu ce moment, la force de Fohîection. Pourquoi j^f^fi convient-il pas iciP II fallait être de ho.nne foi. — N.
^^ « Faire sciemment des efforts inutiles, c'est là une extrême folie ». Salust. Bellum Jugurlh, cap. n.
voir ? C'est contre raison donc de regimber contre la mort, puis que par-là vous vous acquittez de tant *^^ et vous vous deschargez d'nn grand compte. C'est chose générale et commune à tous de mourir , pourquoy t'en fasches tu ? veux tu avoir un privilège nouveau et non encores veu , et estre seul hors du sort commun de tous ? Pourquoy crains-tu d'aller où tout le monde va , où tant de millions sont desja , et où tant de millions te suyvront ? La mort est également certaine à tous, etl'equalité est première partie de Tequitë ^',
Omnes eodem cogiinur, omnium Vcrsatur uma : seriùs , ocyùs , Sors exitnra , etc. ^^
La troisiesme est d'ame forte et généreuse , qui se pratique , avec raison , en une condition de vie publique , eslevée , difficile et affaireuse , où y peust avoir plusieurs choses préférables à la vie , pour lesquelles il ne faut doubter de mourir. Au pis aller il se faut tousjours plus aymer et estimer que sa vie : qui se met sur le trottoer *^® et Teschaffaut de ce monde ,
faut-il qu'il se résolve à 4:e marche pour esclairer
^^7 Vous VOUS acquittez d^autant.
^^ QiUs guéri potesty dît Sénèque, ineaconditioneseesse^ in qua nerno non est 7 Prima enim pars œquitatis, est œqua' litas, Epist. xxx.
^9 fc Nous sommes tous poussés vers un même lieu. L'urne qui contient notre sort, est continuellement agitée : plus tôt, plus tard notre nom en sortira ». Horace , Ode 3 du L. 11^ y. 25.
'^'"' Le trottoir.