LIVRE II, CfiAPïTRE XL
aux autres , et faire plusieurs belles choses utiles et exemplaires. Il faut cju'il couche de sa vie *^' et la face courir fortune. Qui ne sçait mespriser là mort , uon seulement il ne fera jamais rien qui vaille , mais il s'expose à divers dangers : car en voulant tenir cquverte, asseurëe sa vie, il met à descouvert et au hasard son debvoir , son honneur , sa vertu et preud'hommie. Le mespris de la mort est celuy qui produit les plus beaux , braves , et hardis exploits , soit en bien ou en mal. Qui ne craint de motkrir ne craint plus rien, faict tout ce qu'il veust, se rend maistre de la vie et sienne et d'autruy ** : le mespris de la mort est la vraye et vive source de toutes les belles et généreuses actions des hommes. De là sont desrivées les braves resolutions et libres paroles de la vertu , prononçant ses sentences par la voit^ de tant de grands personnages. Elvidius Priscus , à qui Tempéreur Vespasien avoit mandé de ne venir au sénat, ou y venant ne dire son advis, respondit qii^estant sénateur il ne fauldroit de se trouver au sénat , et s'il estoit requis de dire son advis , il dirait librement ce que sa conscience luy commanderoit ; estant menacé par le mesme que s'il parloit , il en mourroit ; vous ay-je jamais dit
^^' 11 ûiut qu^il j engage ( comme au jeu ) , risque sa vie.
^* Depuis ces mots le m<^rw, jusqu'à ceux-ci, les Lacédémoniens , Charron a copié Du Vair, Philosoph. moral des StoYques, p. 897.