LIVRE II, CHAPITRE XI
encores approuvée et aathorisée en plusieurs républiques par loix et reiglemens sur ce faict, comme à Marseille , en Tisle de Cea de Negrepont ^^^ et autres nations, comme en Hyperborée ^^, et justifiée "par plusieurs grandes raisons desduites au précèdent article , qui est du juste désir et volonté de mourir. Car s'il est permis de désirer, demander, chercher la mort, pourquoy sera-t-il mal faict se la donner? Si la propre mort est permise et juste en la volonté , pourquoy ne le sera-t-elle en la main et en l'exécution ? Pourquoy attendray-je d'autruy ce que je puis de moy mesme ? et ne vaut-il pas mieux encores se la donner que la souffrir ; courir à son jour que l'attendre ? Car la plus volontaire mort est la plus belle. An reste je n'offense pas les loix faictes contre les larrons, quand j'emporte le mien , et je coupe ma bourse : aussi ne suis-je tenu aux loix faictes contre les meurtriers pour m'avoir osté la vie *^. D'ailleurs
*4 Valère Maxime, L. II, chap. vi, §. 7 et 8.
«5 Plîn. HisL NcU. L. IV, cap. xiï.
•^ Dans tout ceci , Charron ne fait guère que copier Montaigne, L. II , chap. III. Ce qu'il dît en faveur du suicide, lui a été emprunté par l'éloquent Rousseau , qui l'a présenté avec une nouvelle force. Mais cette opinion est hîen plus étonnante dans Ik bouche d'un riche chanoine du seizième siècle, que dans celle d'un pauvre philosophe du dix-huitième , qui en était souvent réduit aux cxpédîens pour vivre. Il n'y a pas grand courage à se donner la mort , quand on est privé de
a66 D£ LA SAGESSE,
elle est reprouvée par plusieurs, non-seiilement chrestiens/maîs juifs, comme dispute Josephe contre ses capitaines en la fosse du puits ^^'; et philosophes , comme Platon **, Scipion, lesquels tiennent cette procédure, non-seulement pour vice de laschetë, couardise, et tour d'impatience : car c'est s'aller cacher et tappir pour ne sentir les coups de la fortune. Or la vraye et vive vertu ne doibt jamais céder : les maux et les douleurs sont ses alimens : il y a bien plus de constance à user la chaine qui nous tient, qu'à la rompre ; et plus de fermeté en Regulus qu'en Gaton ;
Rebns in adversis , facile est contemnere vitam. Fortius ille facit qui miser esse potest ^.
Si fractus illabatur orbis , Impavidum ferient ruinse ^.
toutes les douceurs de la vie ; il' y en a bien davantage à supporter alors Texistence. Martial dit :
Korttiàs ille facit , qui miser esse potest.
*7 Josephe, Z7e bello judaïco ^h. III, cap. xxv.
^^ Des Lois , L. IL — Montaigne traduit le passage de Platon, dans le chap. m, du L. II des Essais.
®0 a Pour quiconque est dans l'adversité , il y a peu de mérite h dédaigner la vie : il montre bien plus de courage celui qui peut consentir à rester malheureux ». Martial, L. XI, epig. Sy , V. 1 5. 11 y a dans Martial i/ortiter ille facit,
90 «c Et si le monde fracassé s'écroulait de toutes parts, il resterait encore intrépide au milieu des ruines dont il serait frappé ». Horat. L. III , od. m , v. 7,8. — Tout ce