SECONDE DISPOSITION Â LA SAGESSE
SoMMAiBE. -» La seconde dispositioa à la sagesse est une pleine liberté de jugement et de volonté.
La liberté de jugement consiste à ne se déterminer qu^après un mûr examen. Il faut aussi ne tenir fermement qu^à ce qui est plus vraisemblable et plus utile. <— Il y a des gens qui veulent qu'on les croie sur parole : ce sont des ennemis de toute liberté de jugement. C'est un drcntde F homme de juger de tout; mais il ne Ësiutpas croire que Topinionque Ton adopte soit la meilleure. ^^ Si le sage n'est point esclave des opinions communes , il peut craindre de les choquer et feindre de ^j assujétir. — ^ Une autre maxime du sage est d'avoir souvent à la bouche , il me semble , et conséquemment de ne rien affirmert II n'y a rien de certain ; nous ne savons rien; on peut donc disputer sur tout. Le doute est toujours permis , et souvent nécessaire. Il en est qui tiennent à honte de dire je ne sais : et pourtant il y a un
* C'est aussi le second chapitre de ce livre dans la première édition. Les pariantes que nous mettons ici, apprendront quels changemens l'auteur a cru devoir faire à ce chapitre.
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doute plus docte, plus assuré que toute leur science. Quant à Charron , il a £iit graver ces mots sur la porte de sa maison. Ceux qui veulent si fort qu^on les croie , ne sont pas même d^accord entre eux sur les principes de leur croyance. Mais, disent-ils, le doute est pénible. Il n^en est rien. Faut-il donc être appuyé pour se tenir droit? Loin que le doute cause de Tinquiétude et soit un mal , c^est un état .calme et paisible dans lequel on ne craint point de faillir ni de se mécompter ; où Ton évite toute querelle , où Ton ne se repent, ni ne se ravise. Les troubles publics, les sectes ne se forment que parce qu'on n'est pas assez sage pour douter. -^ Le sage ne doit jamais aussi blâmer les opinions , les coutumes des autres pays. C'est à tort que chaque peuple appelle barbare tout ce qui n'est pas dans ses goâts, dans 'ses usages.
La liberté de la volonté consiste à ne s'affectionner que pour peu de choses , et toujours pour des choses justes. On voit des hommes qui sont prodigues de leurs soins , de leurs pas, de leur tems : les grands aiment les hommes de cette espèce ; mais ils ne trouvent que des fous, et non des sages. Les affections pour des personnes et des intérêts étrangers , corrompent le jugement. On peut se prêter à autrui , mais se donner , jamais ; prendre en main les af&ires , mais non à cœur , ce qui ne doit point empêcher pourtant de s'employer pour le public , ses amis et ses proches. Mais il faut, en cela même, de la modération. Que l'on tienne, si l'on veut, aux affaires; mais qu'elles ne nous tiennent pas.
Exemples : Cicéron. — Le Sauveur. — L'Agneau pascal. — Platon. — Pythagore. — Epicure. — Aristote. — Socrates. — Charron , qui a £aiit graver sur sa maison , à Condom : je ne sçqy. •— Chine. — Académicien , Pyrrhonîen. —