‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 164 sur 245 · LIVRE III, CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE IL

C'est une loy muette, laquelle a plus de crédit, que le commandement , nec tam imperio nobis opus est quant exemplo '^: — et mitihs jubetur exemph *^. Or tousjours les yeux et les pensées des petits sont sur les grands, admirent et croyent tout simplement que tout est bon et excellent ce qu^ils font : et d'autre part ceux qui conunandent pensent assez enjoindre et obliger les inférieurs à les imiter en faisant seulement. La vertu est donc honorable et proffitable au souverain, et toute vertu '^.

Mais par preciput et plus spécialement la pietë, la justice , la vaillance , la clémence. Ce sont les quatre vertus principesques et princesses *'^ en la principauté. Dont disoit Auguste ce tant grand prince : la pieté et la justice déifient les princes '^. Et Seneque dict que la clémence convient mieux au prince qu'à tout autre '^. La pieté du souverain est au soin qu'il doibt employer à la conservation de la religion, comme son protecteur. Cela faict à son honneur et à sa con-

'^ <c Nous obéissons beaucoup mieux à Texemple qu'aux ordres ». Pline , in Paneg, cap. xlv.

'^ « La plus douce manière de commander, c'est par l'exemple >«. Pacatus, Paneg. p. 122. éd. de Henri Estienne.

'^ Juste-Lipse , PoUtic, L. II , cap. x , initio,

**7 Principales et royales dans le gouvernement. ^- C'est ainsi que l'auteur lui-même appelle ces vertus, quelques pages plus bas.

'^ August, apud Senecam , inLudo.

"9 Sénèque , de Clément, L. I , cap. v.

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servatîon propre ; car ceux qui craignent Dieu n'osent attenter ny penser chose conti'e le prince, qui est son image en terre, ny contre Testât ; car, comme enseigne souvent Lactance ^° , c'est la religion qui maintient la société humaine, qui ne peust autrement subsister, et se remplira tost de meschancetés, cruautés bestiales, si le respect et la crainte de religion ne tient les hommes en bride. Et au contraire Testât des Romains s'est accreu et rendu si florissant, plus par la religion, disait Çiceron mesme , que par tous autres moyens **. Parquoy le prince doibt soigner que la religion soit conservée en son entier selon les anciennes ceremonies et loix du pays, et empescher toute innovation et brouillis en icelle, chastier rudement ceux qui l'entreprennent ; car certainement le changement en la religion , et l'injure faite à icelle , traine avec soy un changement et empirement en la republique, comme discourt très bien Mecenas à Auguste ^*.

Après la pieté vient la justice, sans laquelle les estats ne sont que brigandage , laquelle le prince doibt garder et faire valoir et en soy et aux autres : en soy, car il faut abominer ces paroles tyranniques et barbares, qui dispensent les souverains de toutes loix,

^® De Ira Dei , cap. xii et xiii.

^* Nec robore,,, nec calliditate,,, , sed pietate ac religio-' ne,,., , omnes gentes, nationesque superavimus, Cicer. oratio de Aruspicum responsis^ n". 19, injine,

^' Apud Dionem Cassium, L. LU.

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