LIVRE m, CHAPITRE II. 3ai
raison, équité, obligation; qui les disent n'être tenus à aucun autre debvoir, qu'à leur vouloir et plaisir; qu'il n'y a point de loix pour eux ; que tout est bon et juste , qui accommode leurs affaires ; que leur équité est la force , leur debvoir est au pouvoir. Principi leges nemo scripsit ^^ : — Ucet , si Ubet ^^. — In swnmâfortunâ id aequiùs quod vaUdius *^ : — nihil injustwn quod fructuosum *^.
Sanctitas , pietas , fides , Privata bona sunt : qua juvat reges eant^^
Et leur opposer les beaux et saincts advis des sages, que plus doibt estre reiglé et retenu , qui plus a de pouvoir. La plus grande puissance doibt estre la plus estroitte bride. La reigle du pouvoir est le debvoir :
Minimum decet libère qui nimiùm licet^^.
'^ tt Jamais il n'y eut de lois écrites pour les princes ». Pline , Paneg» cap. LXV.
'^ « Tout ce qui leur platt leur est permis ». Spartian. in Anton. Carac, Jerè injine.
^^ V Dans une haute fortune , ce qu^il y a de plus juste , est ce qu'il y a de plus avantageux ». Tacit. Anncd, L. XV, cap. i , in fine,
*^ «c Rien de ce qui est utile n'est injuste ». Tbucyd. L. VI , sect. i4*
^7 a La sainteté , la piété , la foi sont des vertus faites pour des particuliers ; que les rois agissent à leur volonté ». Senec Thy estes, act. II , se. l, v. 216.
^^ « Celui à qui tout est permis , est celui à qui il convient le moins d'agir en toute liberté ». Senec. Troad, act. II, se. IV , V. 334.
3o2 DE LA SAGESSE,
Non fas potenies posse, fieii quod nef as *'. Le prince donc doîbt estre le premier juste et équitable , gardant bieii et inviolablement sa foy , fondement de justice à tous et un chascun, quel qu^il soit. Puis il doibt faire garder et maintenir la justice aux autres : car c'est sa propre charge , et il est installé pour cela ^°. Il doibt entendre les causes et les parties, rendre et garder à chascun ce qui luy appartient equitablement selon les loix , sans longueur , chicanerie , involution de procez, chassant et abolissant ce vilain et pernicieux mestier de plaiderie, qui est une foire ouverte, un légitime et honorable brigandage, ro/ir^55///72 latrocinium ^' , évitant la multiplicité de loix et ordonnances, tesmoignage de republique malade , corruptissimae reipuhUcae plurimae leges ^^, comme force médecines et emplastres, du corps mal disposé, affin que ce qui est estably par bonnes loix ne soit destruit par trop de loix ^^. Mais il est h sçavoir que la justice, vertu , et probité du souverain, chemine un peu autrement que celle des prl-
'9 « Les puîssans n'eut pas le droit de Caire ce qui serait criminel ». Eurip. in Hecub, v. 282.
^ Hoc una reges olim suntfine creati,
Dicere jus populis injustaque tollere fada.
Hesiod. Theog. V. 88.
3' « Un brigandage admis ». Colum. L. I , in PrœfaU
^' « Beaucoup de lois sont la preuve d'une grande corruption dans l^ république ». Tacit. Annal. L. III, cap. xxvii.
3^ iVe legibusjundata civitas legibus everiatur. Pline , Paneg, cap. xxxiv.