LIVRE III, CHAPITRE IL 3i
Non est nocens quicunqae non sponte est nocens^'.
SI le prince ne peust estre. du tout bon, suffit qu'il le soît à demy, maïs qu'il ne soit point du tout meschant ^° : qu'il ne se peust faire que les bons princes ne commettent quelque injustice ^\ A tout cela je voudrois adjouster pour leur justification ou diminution de leurs fautes, que se trouvant les princes en telles extremite's , ils ne doibvent procéder à tels faicfs qu'à regret et en souspirant , recognoissant que c'est un malheur et un coup disgracié du ciel , et s'y porter comme le père quand il faut cauterizer ou couper un membre à son enfant pour luy sauver la vie , ou s'arracher une dent pour avoir du repos. Quant aux autres mots plus hardis qui rapportent tout au proffit, lequel ib égalent ou préfèrent à l'honneste , l'homme de bien les abhorre.
Nous avons demeuré long-temps sur ce poinct de
^ « Il n^est pas coupable , celui qui ne Test pas de son plein gré ». Senec. HercuL Œtœus^ act. m, se. ii, v. 886.
Toutes ces maximes sont celles de la tyrannie , malgré les grands noms dont Fauteur veut les appuyer. Ce n^est paà sans -doute à ces deux pages que le cardinal Duperron faisait allusion , quand il disait que le Traité de la Sagesse était le bréviaire des hommes d^état ; j'aime mieux croire qu'il avait en vue les pages suivantes ( jusqu'à la fin du chapitre iv ) , lesquelles sont en effet dignes des méditations de tont homme cbargé de l'administration des affaires publiques.
70 Arîstot. Politic, L. V , cap. xi.
7* Démocrite , apud Stobœwn, Serm. XLIV, de Magistraiu.
3i4 DE LA SAGESSE,
la vertu de justice , à cause des doubtes et difficultés qui proviennent des accidens et nécessités des estats^ et qui empeschent souvent les plus résolus et advisés.
Après la justice vient la vaillance. J'entens la vertu militaire, la prudence, le courage et la suffisance de bien guerroyer , nécessaire du tout au prince , pour la défense et seureté de soy, de Testât, de ses subjects, du repos et de la liberté publique, et sans laquelle à peine merite-t-il le nom de prince.
Venons à la quatriesme vertu principesque, qui est la clémence ; vertu qui faict incliner le prince à la douceur, remettre et lascher de la rigueur de la justice avec jugement et discrétion ^'. Elle modère et manie doucement toutes choses, délivre les coulpables , relevé les tombés , sauve ceux qui s'en vont perdre. Elle est au prince ce que au commun est Thumanlté ; elle est contraire à la cruauté et trop grande rigueur, non à la justice , de laquelle elle ne s'eslolgne pas beaucoup , mais elle Padoucit , la manie ; elle est très nécessaire à cause de rinfirmité hutnalne, de la fréquence des fautes , facilité de faillir : une grande et continuelle rigueur et sévérité ruine tout, rend les chastimens contemptibles , seveiitas amittk assidmiaie authontalem ^^ ; Irrite la malice ; par despit Ton se fait
7» C'est la déûnition qu'en donne Sénèque , De Clément. L. II , cap. III.
7^ u La sévérité , trop continue , perd sa puissance ». Senec De Clément, L. I , cap. xxii.