‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 172 sur 245 · LIVRE III, CHAPITRE II. 3i · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE II. 3i

meschant, suscite les rebellions. Car la crainte qui retient en debvoîr dolbt estre tempérée et douce : si elle est trop aspre et continuelle, se change en rage et vengeance : teinperatus iimorest qui cohibel, assiduus et acerin vindidain excitât ^^. Elle est aussi très utile au prince et à Testât , elle acquiert la bienveillance des sùbjects, et par ainsi asseure et affermit Pestât, firmissimum id imperium quo obedientes gaudent ^^ (comme sera dlct après ^^); aussi très honorable au souverain : car les subjecls l'honoreront et adoreront comme un Dieu , leur tuteur , leur père : et au Heu de le craindre , ils craindront tous pour luy , auront peur qu'il ne luy mesadviénne. Ce sera donc la leçon du prince, sçavolr tout ce qui se passe, ne relever pas tout, voire dissimuler souvent, ajmant mieux estre estimé avoir trouvé de bons sùbjects que les avoir rendus tels , accommoder le pardon aux légères fautes, la rigueur aux grandes, ne chercher pas tousjours les supplices (qui sont aussi honteux et infâmes au prince , qu'au médecin plusieurs morts de maladies ^^), se contenter souvent de la repen tance, comme suffisant chastlment ^*.

7^ Senec. ibid. cap. xil. La traduction est dans la phrase

qui précède.

7* « Le gouvernement le plus affermi est là où ceux qui obéissent sont heureux >». Tit,-Liv. L. VIII , cap. Xïlf.

7^ Dans le chap. m , au commencement.

77 Tacit. Fila Agricolœ , cap. XIX.

78 Senec. De Clément L. I , cap. xxiv.

3i6 DE LA SAGESSE,

Ignoscere pulcbram

Jam mîserO) pœnaequc genus vldisse precantem 7^.

Et ne faut point craindre ce qu^aucuns objectent très mal, qu'elle relasche, avilit ef ^nerve Fauthorité du souverain et de Testât: car au rebours elle la fortifie à un très grand crédit et vigueur : et le prince aymé fera plus par icelle, que par une grande crainte, qui faîct craindre et trembler, et non bien obéir; et comme discourt Salluste à César , ces estats menés par crainte ne sont pas durables. Nul ne peust estre craint de plusieurs , qu'il ne craigne aussi plusieurs. La crainte qu'il veust verser sur tous luy retombe sur la teste. Une telle vie est doubteuse , en laquelle l'on n'est jamais cojivert ny par devant, ny par derrière, ny à costë : mais tousjours en bransle, en danger et en crainte ***. Il est vray, comme a esté dict au commencement, qu'elle doibt estre avec jugement; car comiçe tempérée et bien conduite est très vénérable, aussi trop lasche et molle, est très pernicieuse.

Après ces quatre principales et royales vertus, il y en a d'autres , bien que moins illustrés et nécessaires, toutesfois en second lieu bien utiles et requises au

79 « Il est beau de pardonner au malheureux , qui déjà n'adressait de prière que sur le genre de son supplice ». Claudian. de Bello Geiico , v. 91.

^^ Sallust. de Republ. ordinanda , orat. 1 , un peu après le commencement.

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