‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 174 sur 245 · LIVRE III, CHAPITRE II. Sig · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE II. Sig

si l'on y puise trop: liberalitate liberaUtas périt ^^ Il faut aussi faire filer tout doucement la libéralité, et non donner tout à coup. Car ce qui se faîct si vistement, tant grand soit-il, est .quasi insensible et s'oublie bien tost. Les choses plaisantes se doibvent exercer à l'ayse et tout doucement pour avoir loisir de les gouster ; les rudes et cruelles ( s'il en faut faire ) au rebours se doibvent vistement avaller. Il y a donc de l'art et de la prudence à bien donner et exercer libéralité. Falluntur tjuibus luxuria specie Uberalitaiis imponit: perdere mulii sciant, donare nesciunt ^^. Et pour en dire la vérité, la libefalité n'est pas proprement des vertus royales : elle se porte bien avec la tyrannie mesme. Et les gouverneurs de la jeunesse des princes ont tort d'imprimer si fort à leur esprit et volonté cette vertu de largesse, de ne rien refuser, et ne penser rien bien employé que ce qu'ils donnent (c'est leur jargon). Mais ils le font à leur profïit, ou n'advisent pas à qui ils parlent. Car il est trop dangereux d'imprimer la libéralité en celuy qui a de quoy fournir autant qu'il veust aux despens d'autruy, Un prince prodigue ou libéral sans discrétion et sans mesure, est encores pire que l'avare : et l'immodérée largesse re-

^ « La libéralité périt par la libéralité ». S, Jérôme , cul Paulinam.

^ « Ils se trompent ceux qui prennent la prodigalité pour la libéralité. Bien des gens savent dissiper , perdre leurs trésors; ils ne savent pas donner d. Tacit. HisL L. I, cap. xxx.

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bute plus de gens qu^elIe u^en practîque. Maïs si elle est bien relglée, comme dicl est, elle est très bien séante au prince , et très utile à luy et à Testât

La magnanimité et gvandeur de courage à mespriser les injures et mauvais propos, et modérer sa cholere : jamais ne se despiter pour les outrages et indiscrétions d^autruy : magnam fortunmn magnUs animus decet : injurias et offensiones supemè despicere,

Indignus Gsesaris ira ^'.

S*en fascher c'est s'en confesser coulpable ; n'en tenant compte, cela s'esvanouit: concilia , siirascare, agniia videntur: spreta exolescunt *^. Que s'il y a lieu, et se faut courroucer, que ce soit tout ouvertement et sans dissimuler, sans donner occasion de soupçonner que l'op couve un mal-talent *^^ ; ce qui est à faire à gens de néant , de mauvais naturel et incurable : obscuri et irrevocabiles — reponunt odia : — saevae cogitationis indicium secreio suo satiari ^°. Il est moins messeant à un

^7 <c Un grand cœur convient à une grande fortune ; et c^est le propre d'un grand cœur de dédaigner les offenses , les injures , dont Fauteur n'est pas digne de la colère de César ». Senec. de Clément» L. I , cap v*

** u S'irriter des injures, c'est reconnaître qu'elles ont quelque fondement; les dédaigner, c'est les condamner à l'oubli w. Tacit. Anncd, L. I V , cap. xxxiv , in fine,

*89 Une mauvaise volonté , de la malveillance.

90 « Sachant se taire , mais implacables , — ils suspendent les effets de leur haiue. — Chercher la solitude pour se nourrir de

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