LIVRE III, CHAPITRE II. SaS
et n'oyt que bien peu. Or les roîs ont besoin de beaucoup d'yeux et de beaucoup d'oreilles ^^. Les grands fardeaux et les grandes affaires ont besoin de grandes aydes. Parquoy il luy est requis de se pourvoir et garnir de bon conseil et de gens qui le luy sçachent donner : et celuy , quel qu'il soit, qui veust tout faire de soy, est tenu pour superbe plustost que pour sage ^^ Le prince a donc besoin d'amis fidèles et serviteurs qui soient ses aydes, ^wi^ assumât in partem curarum ^^: ce sont ses vrais thresors^ et les instrumens très utiles de Pestât : à quoy sur-tout il doibt travailler de les choisir et les avoir bons , et y employer tout son jugement. Il y en a de deux sortes : les uns luy aydent de leur esprit, conseil et langue, et sont dicts conseillers ; les autres le servent de leurs mains et leurs faicts, et peuvent estre dicts officiers. Les premiers sont beaucoup plus honorables; car, ce disent *^^ les deux plus grands philosophes ^^ , c'est une chose sa-
95 Celte pensée est prise dans Xénophon , Pœdagog, L. VII.
9^ Si, de sud unius sapientiâ^ omnia geret^ superbum fume judicaho , magis quàm sapientem, Tit.-Lîv. L. XLIV, cap. XXII.
97 «< Qa^îl prenne^pour partager avec eux les soins du gouvernement ». Tacit. Armai. L. 1 , cap. xi.
'^9^ L^éditîon de Dijon écrit se disenl , ce qui ne fait aucun sens , et n'est pas même du vieux français.
9» Voyez Platon , dans le Thdàge , ou de la Sagesse , et Aristote , dans sa Rhétorique , ch^p. I.
crée et divine que bien délibérer et donner bon conseil.
Or les conseillers doibvent estre premièrement fidèles, c^est à dire en un mot gens de bien, optimum quemffuejideUssimum puto^^^. Secondement suffisans en cette part, c*«sl à dire cognoissans bien Testât, diversement expérimentés et essayés *'**' (car les difficultés et afflictions sont de belles leçons et instructions ; mihiforiuna muUis rébus ereptis usum dédit bene suadendi '^^) ; et en un mot sages et prudens, moyennement vifs et non point trop polnctus; car ceux-cy sont trop remuans : novandis tjuàtn gerendis rébus aptiora ingénia illa ignea '°^. Et pour estre tels faut qu^ils soient aagés et meurs, outre que les jeunes gens, pour la tendreur et mollesse de leur aage , sont ayse- . ment trompés, facilement croient et reçoivent impression. Il est bon qu^autour des princes il y en aye des sages et des fins: mais beaucoup plus les sages, qui sont requis pour Thonneur et pour tousjours ; les fins
>oo «( Je regarde comme le plus fidèle , celui qui est le plus homme de bien >>. Tacit. V^ila Agricolœ , cap. xix.
*'o* Et éprouvés.
«o» <c La fortune, par les revers qu'elle m'a fait éprouver, m'a appris à donner de bons conseils ». Mithrid. dans SaU luste , aux firagmens. Histor, L. IV.
io3 c< Ces esprits ardens ''sont bien plus propres à tenter dl^ innovations dans les affaires publiques , qu'à les bien diriger ». Q. Curt. L. IV , cap. i.