LIVRE III, CHAPITRE II
quand îl faut joindre, le nez luy seîgne : consilia calida et audacia prima specie ïaefa sunt, iraciatu dura, eventu trisiia "'. Puis toute passion de cholere, envie, despît, hayne, avarice, cupidité, et toute affection particulière, la poison mortelle du jugement et tout bon sentiment ,/?riV/ï/fl^r^5 semper offecere officienîque publicis consilus , — peswnwn veri affectas et judiciivenenurn sua cuique utilitas "^; et précipitation ennemie de tout bon conseil, et seulement propre à mal faire "'. Yoylà que doibvent estre les bons conseillers.
Or le prince les doibt choisir tels ou par sa propre science et jugement, ou s^il ne le peust, par la réputation, laquelle ne trompe gueres; dont disoit un d'entre eux à son prince : tenez-nous pour tels que nous sommes estimés : Natn singuU decipere et decipi passant: nemoomnes, neminem omnes fejellerunt "^. Et se bien garder des mignons, courtisans, flatteurs, esclaves, qui font honte à leur maistre et le trahissent^
' " n Les conseils précipités et audacieux , se présentent d^abord sous un aspect favorable ; mais Texécution en démontre la difficulté, et Tissue en est triste. ». Tît.-Liv. L. XXXV, cap. xxxii.
««* Tacit. Hisior, L. I , cap. xv ; Tit-Liv. L. XXXII. La traduction, ou du moins le sens de ces deux passages , les précède.
n3 Voyez sur la précipitation , ce que l'auteur en dit , L. II , cbap. x.
'■^ « Car les particuliers peuvent tromper ou être trompés
n'y ayant rien plus pernicieux, que le conseil du cabinet. Et les ayant choisis et trouvés, il s'en doibt servir prudemment en prenant conseil d'eux à temps et' heure, sans attendre au poinct de l'exécution et perdre le temps en tes escoutant; et avec jugement sans se laisser aller laschement à leur advis, comme ce sot d'empereur Claude , et avec douceur aussi sans roidirtrop , estant plus raisonnable , comme disoit le sage Marc-Antonin, de suyvre le conseil d'un bon nom- *bre de ses amis, qu'eux soient contraints de fleschir soubs sa volonté "*. Et s'en servant avec une authorité indifFerente , sans les payer par presens pour leurs bons conseils, aflin de n'attirer les mauvais soubs espoir de recompense, ny aussi les iiidoyer pour leurs mauvais conseils ; car il ne se trouveroit plus qui voulust donner conseil, s'il y avoit danger à le donner *'^. Et puis souvent les mauvais réussissent bien et mieux que les bons , ainsi disposant la souveraine pourvoyance. Et ceux qui donnent les bons conseils, c'est à dire heureux et asseurés, ne sont pas pour cela toujours les meilleurs et plus fidèles serviteurs, ny pour leur liberté a parler, laquelle il doibt plustost agréer, et regarder obscurément les craintifs
eux-mêmes; maïs jamais personne n'a trompe tout le monde ,. jamais tout le monde n'a trompé 'personne ». Plîn. Paneg^ cap. LXii.
ii5 Voy. Jul. Capitolîn. in M. Antonin, Philosoph,
««6 Q. Curt. L. m.