CHAPITRE III
Seconde partie de la prudence poUtiqué^t du gouvernement d' estât y (fui est de lotion et gouvernement du prince.
Sommaire. L'art de gouverner est Fart d'acquérir la bienveillance des sujets, et de prendre de Fautorîté sur les esprits. La bienveillance s'obtient par la douceur et la bienfaisance ; Pautorité par la sévérité , la constance dans les projets, la fermeté dans le maniement des rênes de Tétai. Mais il faut que Tautorité ne soit ni injuste , ni tjranniquc ; que le prince sache se préserver de la haine comme du mépris ; qu'il ne montre ni cruauté, ni avarice ; que la forme de son gouvernement ne soit ni incertaine , ni variable , et qu'il s'observe sur ses mœurs.
Le souverain exerce deux actions différentes ; Tune en tenis de paix, la pacifique , ou ordinaire; l'autre en tems de guerre , L) militaire. Pour bien exercer la première , il lui faut de bons conseils : il doit être averti de tout, tenir un mémorial des affaires , afin que rien ne reste imparOatit ou mal exécuté ; distribuer avec sagesse des récompenses et des peines. — L'action militaire se réduit à entreprendre , faire et finir la guerre. Pour Tentreprendre , il faut de la justice et de la prudence. Pour qu'une guerre soit juste *
il faut qu^elle soit déclarée par le vrai souverain; que la cansc en soit juste, et à bonne fin, c^est-à-dire pour arriver à la paix. La prudence exige que Ton considère les forces de Vennemi , le hasard des événemens , les grands maux qu'entraîne Tétat de guerre. Pour faire la guerre , quand elle est déclarée , trois choses sont nécessaires : des munitions , des hommes , une bonne tactique. Les munitions consistent en argent , en armes et en vivres : quant aux hommes , on doit préférer l'infanterie à la cavalerie , les nationaux aux étrangers qui ont toujours pour maxime : ihifasy uhimaxima merces. Les premiers sont plus loyaux , plus courageux , plus affectionnés au bien du pays , et coûtent moins ; les seconds font {(lus de bruit que de service , sont onéreux et odieux à* la patrie, cruels aux citoyens qu^îls fourragent comme ennemis. Ces derniers ne sont employés que par les tyrans qui sont haïs de leurs sujets , et qui les redoutent. •— Les troupes se divisent en troupes ordinaires et en troupes subsidiaires. Il faut des deux, mais peu des premières , qui sont toujours tenues sur pied et en armes. Le choix des soldats exige de Tattention : les succès résultent nH)ins du grand nombre que de la valeur. Il faut considérer dans le choix des soldats, le pays, Tàge, le corps , Fesprît , la condition et profession , surtout avoir soin de les bien discipliner. Une bonne discipline doit tendre à deux fins , à les rendre vaîllans et gens de bien. On les rend vsdllans par Texercice , ( et c^est de là qu^est venu le mot latin exercilus , armée ) , par le travail et par Tordre. Pour en faire des gens de bien , il fsiut les accoutumer à la continence , à la modestie en par'oles , à l'horreur de toute violence ou pillage. — Après le choix et la discipline des soldats , on s'occupera des chefs. Il y en a de deux sortes : le général et les officiers. Il ne doit y avoir qu'un général , sans quoi l'on s'expose à tout perdre,