‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 188 sur 245 · LIVRE III, CHAPITRE ill · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE ill

. et il faut qu'il soit expérimenté ^ prévoyant , rassis^ vigilant, actif et heureux. — Quant aux règles à observer pour faire la guerre , les unes sont nécessaires pendant toute sa durée 9 les autres ne sont relatives qu'à certains cas particuliers. Les premières consistent à guetter les occasions , à faire son profit des bruits qui courent , à se garder de trop de confiance , à s'enquérir de la situation de Fennemi. S'agît-il de combattre PII faut aviser quand , où , contre qui , et comment le combat doit avoir lieu. Pour les batailles rangées quatre choses sont requises : une belle ordonnance y arriver et se ranger les premiers sur le champ de bataille , tenir ferme quand on est aux mains. Les ruses de guerre sont permises. — • Pour parvenir au seul but que doit avoir toute guerre , la paix , il faut que les vaincus restent armés et se montrent résolus, pleins d'assurance; que les vainqueurs, auxquels la paix ne sera pas moins utile , ne se montrent pas trop difficiles sur les conditions.

Exemples : César; Aristote; un roi de Thrace; Pertinax ; Héliogabale ; Alexandre Sévère ; Alexandre - le - Grand ; Auguste; Tibère ; Vespasien ; Trajan ; Adrien ; les Antonins; — Saint Ambroise ; Saint Augustin ; — Auguste encore ; Homère ; — encore Alexandre-le-Grand ; les Romains ; Lycurgue.

Ayant traicté de la provision, et instruit le souverain de quoy et comment il doibt garnir et munir soj et son estât , venons à l'action , et voyons comment il se doibt employer et se prévaloir de ces choses , c'est à dire en un mot, bien commander et gouverner. Avant traie ter cecy distinctement selon le partage que nous en avons faict, nous pouvons dire en gros,

que bien gouverner et se bien maintenir en son estât , gist à s^acquerir deux choses, bienveillance et authorité. La bienveillance est une bonne volonté et affection envers le souverain et son estât ; rautborité est une bonne et grande opinion , une estime honorable du souverain et de son estât '. Par le premier le souverain et Testât est aymé : par le second il est craint et redoitbte'. Ce ne sont pas choses contraires , mais bien différentes , comme Tamour et la crainte. Toutes deux regardent les subjects et les étrangers : mais il semble que plus proprement la bienveillance regarde les subjects, et Fauthorité, les estrangers: amorem apud popidares , metum apudhostes quaerat ^. A parler tout simplement et absolument, rautborité est plus forte et vigoureuse, plus auguste et plus durable. Le tempérament et Pharmonie des deux est chose parfaicte; mais selon la diversité desestats, des peuples, leurs naturels et humeurs, Tune est plus aysée et aussi plus requise en aucuns lieux qa^en autres. Les moyens d'acquérir tous les deux sont touches et comprins en ce qui a esté dict cy-dessus, spécialement de la vertu et des moeurs du souverain; nonobstant nous en parlerons de chascune un peu.

' La phrase qui contient ces définitions , est traduite de Juste-Lîpse. Politic. L. IV , cap. viii.

' « Qu'il désire d^inspirer de Famour à ses compatriotes ^ de la crainte aux ennemis «. Tacit. AnnaL L* XI , cap. x»

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