‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 189 sur 245 · LIVRE m, CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE IIL

^. La bienveillance (chose très utile et qnasi du tout nécessaire, tellement que seule vaut beaucoup, sans elle tout le reste est peu asseuré) s'acquiert par trois moyens : douceur non-seulement en paroles et en faicts, mais encores plus aux commandemens et en l'administration, ainsi le requiert le naturel des hommes qui sont impatiens et de servir du tout, et • se maintenir en une entière liberté *^ , nec totam servitutem pati, nec totam Ubertatem ^. Ils obéissent bien volontiers en subjects , mais non en esclaves , domiti ut partant, non ut semant ^. Ek à la vérité l'on obéit plus volonti ers à celuy qui commapde doucement : remissiUs imperanti meUhs paretur ^ :

Qui vult amari laDguidà regnet manu ^

^ Dans tt paragraphe , Charron snît pas à pas Juste-Lipse. Voy. Poli'tic. L. IV , cap. viii.

*^ C'est-à-dire : « qui ne peuvent supporter nî une entière servitude, nî une entière liberté ». Impatient est pris ici dans le sens du latîn impatiens , qui ne peut souffrir , qui ne peut supporter : c'est le sens que nous lui donnons encore en poésie. Charron traduit donc lui-même le passage latin de Tacite , avant de le citer.

^ Tacit. Histor, L. I , cap. xvi.

^ Tacit. Vie d'Agricola , ch. xvi, La traduction est dans les mots qui précèdent.

7 Senec. L. I , <ie Clément, cap. xxiv. La traduction précède.

* « Qui veut être aimé , n'a qu'à tenir les rênes de l'état , d'une main languissante». Sénèq. Thébàid, act. IV, scen. i, V. 659.

La puissance , disoit César ^ , grand docteur en cette matière, médiocrement exercée conserve tout: mais qui commande indifféremment et eshontement n^est ny aymé ny asseuré. Il ne faut pas toutesfois une douceur trop lasche, molle ny abandonnée, a(Hn que Ton ne vienne en mespris, qui est encores pire que la crainte, sed incorrupto ducU honore '®. Cest le tour de prudence de tempérer cecy, ne rechercher d'eslre^ redoubté en faisant du terrible, ny aymé en trop s'abbaissant.

Le second moyen d'acquérir la bienveillance est beneficence **% j'entens premièrement envers tous, mesmement le petit peuple , par une providence et bonne police, par laquelle le bled et toutes choses nécessaires au sous tien de cette vie ne manquent '', mais soient à bonne raison , voire abondent s^il est possible; que la cherté ne travaille point les subjects : car le menu peuple n'a soin du public que pour ce regard **^ vulgo una ex repubUcâ annonae cura '^.

9 Voy. Dion , Lib. XLIII.

'® u Mais sans que Ffaonneur de celui qui commande en soît alléré «. Tacit. Histor, L. V, cap. T.

'^'^ La bienfaisance.

»* Omnes qui rempublicam gubernant^ ditCîeéron, consulere debent , ut earum rerum copia sit quœ surUnecessariœ. DeOffîcL. H.

*»3 ^e gç mêle de Tintérêt public que pour cet objet.

>4 « Le vulgaire ne prend intérêt i la chose publique , que

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