LIVRE III, CHAPITRE III. S^g
Le troîsiesme moyen est la libéralité (beneficence plus spéciale), qui est une amorce, voire un enchantement pour attirer, gaigner et captiver les volontés : tant eât chose douce que de prendre , honorable de donner. Tellement qu'un sage a dict qu^un estât se gardoit mieux par bienfaicts que par armes '^. Elle a principalement lieu h Tentrée et en un estât nouveau. A qui , combien et comment il faut exercer la libéralité a esté dict cy-dessus '^. Les moyens de bienveillance ont esté sagement practiqués par Auguste, (fuimiKtem donis ,,populwn annonâ , cunctos dulcedine otii pellexit '^
L'authorité est Pautre appuy des estats , majestas impeni, salutis tutela '^; la forteresse invincible du prince, par laquelle il sçait avoir raison de ceux qui osent le mespriser et luy faire teste. Aussi à cause d'icelle l'on ne l'ose attaquer, et tous recherchent d'estre bien avec luy. Elle lest composée de crainte et
pour ce qui concerne les subsistances », Tacît. Hîstor, L. IV, cap. xxxviii.
'^ MeHus beneficiis imperium custoditur quam armù. Se* nec. de B revit, vitœ,
*® Au chap. II.
*7 « Qui s'attachait le soldat par des dons , le peuple par des distributions de vivres , tout le monde par la douceur que procure un paisible loisir ». Tacît. Annal, L. I , cap. il.
'^ (c De la majesté du prince dépend le salut de Tempire ». Quint Curl. L. VIII , cap. v.
35o DE LA SAGESSE,
4e respect. Par ces deux le prince et son estât est redoutable à tous et asseurë. Pour acquérir cette authorité, outre la provision des choses susdites, il y a trois ipoyens qui se doibvent soigneusement garder en la forme de commander. Le premier est la sévérité, qui est meilleure, plus salutaire, asseurée et durable que Tordinaire douceur et grande facilité. Ce qui vient premièrement du naturel du peuple, lequel, comme dict Aristote '^, n^est pas si bien nay, quUl se range au debvoir par amour, ny par honte, mais par force et crainte des supplices, puis de la corruption générale, des mœurs et desbauche contagieuse du monde, à laquelle ne faut pas penser pourvoir par douceur, qui ayde plustost à mal faire. Elle engendre mespris et espérance d'impunité, qui est la peste des republiques et des estats, illecetra peccandi maxùna spes iinpunitatU '^^. C'est une grâce envers plusieurs, et tout le public, de quelques fois en chastier bien quelqu'un. Et faut par fois couper un doigt pour empe^cher la gangrené de se prendre à tout le bras, selon la belle response d'unroy de Thrace *', à qui Ton disoit qu'il faisoit l'enragé et non le roy ; que ça rage rendoit ses subjects sains et sages. La sévérité maintient les officiers et magistrats en debvoir, chasse les
'9 Arîstot. Ethic^ L. X , cap. x.
*® Cîcer. Oral, pro Milone ,N®.4.3. La traduction précède. • ** C'était Cotys. — Voyez Stobée , sermo XLVI , de Regno , où îl cite une lettre de Plutarque»