LIVRE III, CHAPITRE III
qu'il veust. 4« Heureux : le bonheur vient du cîel ; mais volontiers il suit et accompagne ces trois premières qualités.
Après les munitions et les hommes de guerre, venons aux reigles et advis généraux pour bien faire la guerre. Ce troisiesme poinct est un très grand et nécessaire instrument de guerre ,*sans lequel et les munitions et les hommes ne sont que phantosmes, /^/i/rtf consilio tjuain vi perfitiuntur '*^. Or de les prescrire certains et perpétuels, il est impossible. Car ils despendent de tant de choses, qu'il faut considérer, et ausquelles il se faut accommoder , dont a esté bien dict que les hommes ne donnent pas conseil aux affaires , mais les affaires le donnent aux hommes ; qu'il faut faire la guerre à l'œil. Il faut prendre advis sur le champ, consiliwn in arenâ '^° : car les choses, qui surviennent, donnent advis nouveaux. Il y en a toutesfois de si généraux et certains, que l'on ne peust faillir de les dire et les observer. ISous en déduirons icy brefvement quelques uns , ausquels l'on pourra tousjours adjouster. Les uns sont à observer tout du long de la guerre, que nous dirons en premier lieu, les autres sont pour certains endroits et affaires.
Le premier est de guetter soigneusement et empoi-
«»9 ce On fait plus par le jugement que par la force ».Tacit. Annal, L. II , cap. xxvi.
*^« Senec. epist. xxii. La tradu^îdki précède.
gner les occasions, n^en perdre pas une , et ne permettre , s'il se peust, que Pennemy prenne les siennes, Toccasion a grand cours en toutes affaires ha> daines, spécialement en la guerre, où elle ayde plus que la force. 2. Faire son proffit des bruicts qui courent : car vrays ou faux peuvent beaucoup , mesme an commencement. Fatna bella constant, — famabellum conficitj in spein metwme irnpelUt animas '^'.
3. Mais quand Ton est en train, il ne s^en faut plus donner peine : les considérer bien , mais ne laisser à faire ce qu'on doibt et peust, ce que la raison conseille, et demeurer là ferme.
4. Sur tout se garder de trop grande confiance et asseurance, par laquelle on mesprise Fennemy, et se rend-on nonchalant et paresseux , c'est le plus dangereux mal qui soit en guerre. Qui mesprise son eoneray se descouvre, et se trahit soy-mesmejjrtçuentissi'' mum initiuin cala/nitati secuntas, — Nemo celeriùs oppriinitur çuàm qui non iimet. — Nil iuio in hoste des- . picitur: quem sprtçeris, valentiortm negligentiâ fades '^'. 11 ne faut rien mespriser en guerre, car il n'y a rien de petit: et souvent de ce que Ton pense bien petit,
>3* « Les bruits qui se répandent ont beaucoup d'Influence dans les guerres : — - c^est la renommée qui fait le sort des combats; elle jette dans les esprits, ou Fespérance, ou la terreur ». Quint. Curt. L. VllI , cap. viii. — Tît.-Lîv. L. XXVlI,cap. XLV.
»3- Velleins Patcrcul A. IL — Quint. Curt. L. VI. Tous ces passages sont expliqués par le texte.