LIVRE III, CHAPITRE III
Estant venu aux mains, sî Tarmëe bransle, faut que le gênerai tienne ferme , fasse tout debvoir d'un chef résolu et brave gendarme , courir au devant des estonnés, arrester les reculans *^^, se jetter en la presse, faire cognoistre à tous, siens et ennemys, que la teste, la main, la langue ne luy tremblent point.
Si elle a du meilleur et le dessus, la retenir, qu^elle ne s'espande et se desbande par trop à poursuyvre obstinément les vaincus. Il est à craindre ce qui est advenu souvent '^^, qu'en reprenant cueur ils jouent au desespoir, fassent un effort , et desfassent les vainqueurs : c'est une violente maistresse d'escbole que la nécessité : clausis ex desperatione crescit audacia : et cum spei nihil est , sumit arma formido '^^. Leur faut plustost donner passage et faciliter leur fuitte : encores moins permettre s'amuser au butin, si vous estes vainqueur. Il faut user de la victoire prudemment, affin qu'elle ne tourne en mal. Parquoy ne la faut salir de cniauté en ostant à l'ennemy tout espoir : car il y auroit du danger : ignaçiàm nécessitas acuit; saepè desperatio spei causa est , — gramsitni sunt morsus irri"
«4* Occursa paventibus ^ rétine cedentes, etc. — Tacît Hist, L. III, cap. XVII.
'43 Voy. Végèce, L. III , c. xxf.
'44 Dans ceux qui se voient enveloppés de toutes parts, Taudace croit par le désespoir : à qui n'a plus nulle espérance, la peur fournît des armes »• Vegct. L. III, c. xxf»
Sgo DE LA SAGESSE,
iatae nécessitatts '^^ : au contraire faut luy laisser occasion d'espérer, et ouverture de paix , ne fdUler ny ravager le pays conquis , la fureur et la rage sont dangereuses bestes; ny d'insolence, mais s'y comportei* modestement, et se souvenir tousjours du perpétuel ilus et reflus de ce monde et révolution alternative, par laquelle de l'adversité naist la prospérité : et au contraire. Il y en a qui se noyent à deux doigts d'eau, et ne peuvent digérer une bonne fortune, magnamfe' licUatetn concoqueTe nonpossunt '^^ :
Fortàna vitrea est, tune cùm splendet (rangîtur : O infidam fiduciam ! et saepe victor victos '^^.
Si VOUS estes vaincu, faut de la sagesse à bien cognoistre et peser sa perte, c'est sottise de se faire accroire que ce n'est rieû, ^t se paistre de belles espérances , supprimer les nouvelles de la deffaite. Il la faut considérer toute de son long ^ autrement comment y remediera-t-on ? Et puis du courage à mieux
'^^ La nécessité est l'aiguillon de la lâcheté; et souvent l'excès du désespoir produit l'espérance. — L'extrême nécessité^ dans sa rage, fait de très-graves blessures ». Quint Curt. L. V, c. IV. — Sénèq. Controvers.
t46 Pîndare. Olymp, od. I , v. 92. La traduction précède.
'*7 a La fortune est de verre :
~ £t , comme elle a l'éclat da verre ^ Elle en a la fragilité.
G confiance perfide! le vainqueur est souvent vaincu ». Publius Syrus ,. in comicor. Sentent,