LIVRE III, CHAPITRE III
espérer, à restaurer ses forces, faire nouvelles levées, chercher nouveaux secours , mettre bonnes et fortes garnisons dedans les places fortes: Et quand le cîel seroît si contraire, comme il semble quelquefois s'opposer aux armes sainctes et justes, il n'est toutesfois jamais deffendu de mourir au lict d'honneur qui est meilleur que vivre en deshonneur '^*.
Voilà le second chef de cette matière achevé , qui est de faire la guerre , sauf un scrupule qui reste : sçavoir s'il est permis d'user de ruses, finesses, stratagèmes. 11 y en a qui tiennent que non , qu'il est indigne de gens d'honneur et de vertu, rejettant ce beau dire ,
Dolus an virtus quis in hoste reqaîrat '^^ ?
Alexandre ne voulust se prévaloir de l'obscurité de la nuict, disant ne vouloir des victoires desrobées '^°, malo me fortunae pigeât , quam victoriae pudeat^^\ Ainsi les premiers Romains renvoyant aux Phalisques leur maistre d'eschole, à Pyrrhus son traistre médecin '^' ,
«48 Toute celte fin de paragraphe est prise dans Juste- Lipse , qui lui-même a puisé ses idées dans Tacite ,yégèce , etc.
■49 <c Contre un ennemi , qu^împorte d^employer la ruse ou la valeur »» ? Vîrgil. Enéid. L. II , v. Sgo,
i5o Voy. Plutarque , dans Alexandre,
■^' « J^aime mieux avoir à me plaindre de la fortune, que de rougir de la victoire ». Quint Curt. L. IV, chap. xiii, n«. 9.
i5a Voyez Plutarque, dans Pyrrhus»
faisans profession de la vertu , desadvouant ceux des ledrs qui en faisoient autrement, resprouvans la subtilité grecque, Pastuce africaine, et enseignans que la victoire vraye est avec la vertu , tjuae salvâjide et intégra dignitate paratur '^^, celle qui est acquise par finesse n'est généreuse ny honorable , ny asseurée. Les vaincus ne se tiennent pour bien vaincus : non virtute, sed occasione et arte ducis se çictos rati: — ergo non fraude neque occulii, sed palam et annatum hostes suos oportet ukisci '^^. Or tout cela est bien dict vray, et s'entend en deux cas , aux querelles particulières et contre les ennemys privés , ou bien quand il y va de la foy donnée , ou alliance traictée. Mais hors ces deux cas , c'est à dire en guerre et sans préjudice de la foy, il est permis de quelque façon que ce soit desfaire son ennemy qui est desja condamné : et est loisible Texterminer. C'est après Tadvis des plus grands guerriers (qui au contraire ont tous préféré la victoire acquise par occasion et finesse , à celle de la vive force ouverte '^^ , dont à celle-là ordonnent un bœuf pour
»53 rt Qui s^acquiert par une entière bonne-foi et par la grandeur d^ame ». Florus , L. I , c. xil , n®. 6.
'^^ « Ils pensent qu^ils ont été vaincus, non par la valeur , mais par le hasard, et par les ruses du général . — Il faut donc combattre ses ennemis , non par Ats ruses ou de secrètes manœuvres , mais par les armes et à découvert ».. Tacit. Fie (TAgricoL c. xxvii,— • Annal, L. II, c. lxxxvi.
i55 Voyez à ce sujet Bayle , nouv, lettres sur l'Hist, du Calvinisme , L. VIII. Il soutient le contraire. — 'N.