‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 216 sur 245 · LIVRE III, CHAPITRE IV. 4oi · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE IV. 4oi

populaires pour quelque prompte et légère occasion, factions et ligues entre les subjects des uns contre les autres, en petit et grand nombre, grands ou petits; séditions du. peuple contre le prince ou le magistrat, rébellion contre l'authorité et la teste du prince : ou sont meuris et formés en guerre, et s'appellent guérites civiles ; qui sont en autant de sortes , que les susdicts troubles et remuemens, car c'en sont les causes, fondemens et semences; mais ont creu et sont venus en conséquence et durée. De tous nous dirons distinctement et donnerons advis et conseil , pour s'y conduire sagement , tant aux souverains qu'aux particuliers, grands et petits.

§. I ''. Des maux et accidens qui nous menacent.

Aux accidens contraires auxquels nous sommes subjects, il y a deux manières de se porter diverses; et peuvent estre toutes deux bonnes, selon le naturel divers, et des accidens, et de ceux à qui ils arrivent. L'une est de contester fort et s'opposer à l'accident, remuer toutes choses pour le conjurer et destourner, au moins emousser sa poincte et amortir son coup, luy eschapper ou le forcer. Cecy requiert une ame forte et opiniastre, et a besoin d'un soin aspre et pénible. L'autre est de prendre les choses incontinent au pire, et se resouldre à les porter doucement et patiemment, et cependant attendre paisiblement ce II. a6

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qu^il adviendra , sans se tourmenter à Tempescher. Celuy-là estudle à ranger les evenemens, cettuy-cy soy mesme : celuy-là semble plus courageux , cettuycy joue au seur: celuy-là est suspens , agité entre la crainte et l'espérance, cettuy-cy se met à l'abry, et se loge si bas, qu'il ne peust plus tomber de plus haut. La plus basse marche est la plus ferme et le siège de constance. Celuy-là travaille d'en eschapper, cetluy-cy de souflGrîr, et souvent cettuy-cy en a meilleur marché. Il y a souvent plus de mal et de perte à plaider, qu'à perdre, à fiiyr et se donner garde, qu'à souffrir. L'avaricieux se tourmente plus que le povre, le jaloux que le cocu. £n celuy-là est plus requise la prudence , car il agit : en cettuy-cy la patience. Mais qui empesche que l'on ne faict tous les deux par ordre, et que là où la prudence et vigilance ne peut rien , y succède la patience ? Certes aux maux publics il faut essayer le premier, et y sont tenus ceux qui en ont la charge et le peuvent ; aux particuliers cbascun choisisse son meilleur.

§. 2. Maux et accidens presens , pressons , et extrêmes.

Le moyen propre pour alléger les maux et adoucir les passions, ce n'est pas s'y opposer, car l'opposition les pique et despite davantage. On aigrit et irrite le mal par la jalousie du débat et du contraste : mais c'est , ou les destoumant et divertissant ailleurs , ainsi

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