‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 218 sur 245 · LIVRE III, CHAPITRE IV. ioS · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE IV. ioS

mesmes quand la nécessité publique le requeroit ^. Il faut au besoin biaiser, ployer un peu, tourner le tableau de la loy, sinon Poster, eschiver *^ et gauchir pour ne perdre tout : tour de prudence qui n'est contraire à raison et justice.

§. 3. Affares douteux et ambigus.

Aux choses ambigus, où les raisons sont fortes de toutes parts, et Timpuissance de voir et choisir ce qui est le plus commode, nous apporte de l'incertitude et perplexité, le meilleur est se jetter au party où y a plus d'honnesteté et de justice ; car encores qu'il en mesadvienne, si reslera-t-il tousjours une gratification au dedans , et une gloire au dehors d'avoir choisi le meilleur. Outre que l'on ne sçait quand on eust prins le party contraire , ce qu'il en fust advenu , et si l'on eust eschappé son destin. Quand on doubte quel est le meilleur et plus court chemin, il faut tenir le plus droict \

§. 4* Affaires difficiles et dangereux.

Aux affaires difficiles, comme aux accords, y vouloir apporter de la seureté , c'est les rendre mal as-

^ Voyez Plutarque , CompanUson de Flaminius et de Philopœmen.

* Esquiver.

7 Voyei, à ce sujet, Cicéron, de Offic, L. i , c. ix.

seurés , parce que l'on y employé plus de temps , plus de gens s'en empeschent, Tony mesie plus de choses et de clauses; et de là naissent les différends : joinct que c'est ce semble despiter la fortune, et se vouloir exempter de sa jurisdiction , ce qui ne se peut : vim suorurn inf;rueniem refringinon vult *. Il est meilleur les faire plus briefvement et doucement avec un peu de danger que d'y estre si exact et chagrin.

Aux affaires dangereux il faut estre sage et courageux ; il faut prévoir et sçavoir tous les dangers ; ne les faire point plus grands ne plus petits par faute de jugement; penser qu'ils n'arriveront pas tous, et n'auront pas tous leur effect; que l'on en eschappera plusieurs par industrie, ou par diligence, ou autrement; quels sont ceux ausquels l'on pourra estre aydé, et là dessus prendre courage, se resouldre et ne quitter l'entreprinse honneste pour iceux : le sage est courageux, car il pense, discourt et se prépare à tout: le courageux aussi doibt estre sage.

§. 5. Conjuration,

JNous entrons aux plus grands, importans et dangereux accidens , parquoy nous les traicterons plus au

^ « La fortune ne veut pas même que Ton pare ses coups ». C'est la fin d'uoe phrase de Tile-Live , L. V , chap. xxxvii : Adeo occœcat animos fortuna j ubi vim suam ingrucatem , refringi non vult

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