‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 219 sur 245 · LIVRE III, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE IV

long et expressément les descrivant ; et puis donnant en chascun les advis pour le souverain , et à la fin de tous les donnerons pour les particuliers. Conjuration est une conspiration et entreprinse d'un ou plusieurs contre la personne du prince ou Pestât ; c'est chose dangereuse , mal aysée à éviter ou remédier , pource qu'elle est couverte et cachée. Gomment se peut-on sauver d'un ennemy couvert du visage du plus officieux amy ? Comment peut-oti sçavoir les volontés et pensées d'autruy ? Et puis celuy qui mesprise sa vie , est maistre de celle d'autruy,

Gontemnit oixioes ille qui mortcm prias' :

tellement que le prince est exposé à la mercy d'un particulier , quel qu'il soit.

Machiavel traicte au long comme il faut dresser et conduire les conjurations : nous allons dire comme il les faut rompre, empescher et y remédier.

Les advis et remèdes sur ce sont , i. une secrette recherche et contremine par gens propres à cela , fidèles et discrets, qui sont les yeux et les oreilles du prince; faut descouvrir tout ce qui se dict, et se faict, spécialement par les principaux officiers. Les conjurateurs volontiers diffament çà et là le prince , ou prestent l'oreille à ceux qui le blasment et accusent. 11 faut donc sçavoir les discours et propos que l'on tient du prince , et hardiment proposer recompense en de-

d Sénèq. , HercuL OEt, v. 443* La traduction précède.

4oÔ DE LA SAGESSE,

nlers et Impunité à tels desconvrans : maïs aussi ne faut-il croire légèrement à tout rapport. Faut bien prester l'oreille à tous, non la foy, et examiner bien diligemment, affin de n'accabler les innocens , et se faire hayr et maudire au peuple. Le second est d'essayer par clémence et innocence à se faire aymer de tous ) mesme de ses ennemis , Jidissiina custodia prineipis innocentia "". N'offensant personne on donne ordre de ne l'estre point*" ; et c'est mal à propos faire valoir sa puissance par outrages et offenses, malè wn suam potestas aliorum contumelus experitur ".

Le troisiesme est tenir bonne mine à l'accoustumé *'^, sans rien ravaller ; et publier par-tout qu'il est bien adverty de toutes les menées qu'on dresse , et faire croire que rien ne se remue qu'il n'en sente incontinent le vent. Ce fut un expédient que fournît utilement quelqu'un à Denis, tyran de Sicile, qui'luy cousta un talent *^. Le quatriesme est d'attendre sans effroy et sans trouble tout ce qui pourra advenir. César practiqua bien ces trois derniers moyens , mais

'o «La plus fidèle garde des princes, c'est rÎDDocence ». Pline , Paneg. ad Traj,

* » « Cest^à-dUre , en n'oiïensant personne , c'est le moyen de n'être pas offensé.

«* PUn. L. VIII. ,ép.xxjv.

*«^ A l'ordinaire, sans se ravaler, sans s'avilir en rien.

«4 Voyez Plutarque , Dits des rois , princes et capitaines.

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