‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 220 sur 245 · LIVRE III, CHAPITRE IV. ^ J,oij · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE IV. ^ J,oij

non le premier '^. Il vaut mieux, dîsoîl-il, mourir une fois , que de mourir tousjours en transe et en fiebvre continue d'un accident qui n'a point de remède , et faut en tout cas remettre tout à Dieu. Ceux qui ont prins autre chemin, et ont voulu courir au devant par supplices et vengeances , très rarement s'en sont bien trouvés , et n'ont pour cela eschappé : tesmoin tant d'empereurs romains.

Mais la conjuration descouverte , la veritë trouvée , que faut-il faire P^punir bien rigoureusement les conjurés : espargner tels gens, c'est trahir cruellement le public. Ils sont ennemys de la liberté , bien et repos de tous : la justice le requiert. Si est-ce qu'il y faut de la prudence ; et ne s'y faut porter tousjours et partout de mesme façon. Quelques fois il faut soudainement exécuter , mesmement s'il y a petit nombre de conjurés. Mais soit en petit ou grand nombre , il ne faut par géhennes et tortures vouloir sçavoir les complices (si autrement et secrètement Ion les peut sçavoir, et faire mine de ne les sçavoir est bon ) ; car Ion chercheroit ce que Ion ne voudroit pas trouver '^. Il suffit que par la punition d'un petit nombre , les bons subjects soient contenus en leur debvoir, et destournés ceux qui ne sont pas ou pensent n'estre pas décèles. Vouloir tout sçavoir par tortures , c'est exciter

•^ Voyez Plutarque , in Ccesare,

»^ Ce sont les paroles de Boclîné L. IV , c. v.

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force gens contre soy. Quelques fois faut dllayer *'^ la punition : bien faut-il promptement pourvoir à sa seurete'. Mais les conjurés peuvent estre tels ou la descouverte faite en tel temps , qu'il n'en faut pas faire le semblant ; et les vouloir punir sur l'heure , c'est jouer à tout perdre. Le meilleur de tous est de prévenir la conjuration, l'éluder et rendre vaine, feignant pour ce coup ne sçavoir les conjurés '^; mais faire comme si l'on vouloit pourvoir à autre chose ; comme firent les Carthaginois à Hannon leur capitaine '^, optimum et solum saepe insidiarum remedium , si non in^ teUigantur ^^. Mais qui plus est quelques fois faut pardonner, si c'est un grand à qui le prince et Testât soient obligés, duquel les enfans, parens et amis soient puissans. Que ferez-vous ? comment rompre tout cela? s'il se peut avec seureté faut pardonner, ou au moins adoucir la peine. La clémence en cet endroict est quelques fois non seulement glorieuse au prince, nil gloriosius principe impunè laeso ^', mais de

*«7 Différer.

■^ Ce sont les paroles de Bcdîn , L. IV, c. v.

"9 Ce trait est rapporté dans Justin, L. XXI , c. iv.

*o « Le meilleur et peut-être le seul remède contre les embûches , c'est de feindre de ne les avoir pas découvertes ». Tac. Annal, L. XIV , c. vi.

^' « Rien de plus glorieux à un prince , que d'avoir été offensé sans qu'il en ait tiré vengeance » . Sénèq. de Clementia, L. I, c. XX.

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