LIVRE III, CHAPITRE IV
très grande efficace pour la seureté à l'ad venir, ^estoume les autres de semblable dessein , et falct qu'ils s'en repentent, ou en ont honte : l'exemple en est très beau d'Auguste envers Cinna ^".
§. 6. Trahison,
1 RAHISON est une conspiration ou enlreprinse secrette contre une place ou une troupe : c'est comme la conjuration , un mal secret , dangereux , difficile à esviter : car souvent le traistre est au milieu et au gyron de la compagnie , ou du lieu qu'il veut vendre et livrer. A ce rnalheureux mestier sont volontiers subjécts les avaricieux , esprits légers , hypocrites ; et ont volontiers cecy qu'ils font bien sonner la fidélité, la louent et gardent ambitieusement en petites choses, et par là se voulant couvrir ils se descouvrent , c'est la marque pour les cognoistre. Les advis y sont presque tous mesmes qu'en la conjuration ; sauf en la punition, laquelle doibt estre icy prompte , griefve et irrémissible; car ce sont gens mal nays, incorrigibles,, très pernicieux au monde , dont ne faut avoir pitié.
§. 7. Emotions populaires.
Il y en a plusieurs sortes selon la diversité des causes, personnes, manière et durée, comme se verra
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Voyez Sénèq. ibid, , c. IX.
iii2 DE LA SAGESwSË,
après : faction , ligut , sédition , tyrannie , guerres civiles : mais nous parlerons icy tout simplement et en gênerai de celles qui s^esmeuvent à la chaude, comme tumultes subits , et ne durent gueres. Les advîs et remèdes sont leur faire parler et remonstrer par quelque qui soit d^authorité, de vertu et réputation singulière, éloquent, ayant la gravité et ensemble la grâce et industrie d^amadouer un peuple : car à la présence de tel homme ^ comme à un esclair, le peuple se tient coy *^ :
Veluti magno în populo cùm saepe coorUr est Seditioy 8«vih|ae animîs îgnobile valgus ; Jamqae faces et saxa volant , furor arma mînîstrat : Tum^ pîetatc gravem ac meritisy sî forte virum quem Conspexere, si lent» arrectisque auribus adstant. nie régit dictis anîmos , et pectora mutcet ^.
Quelques fois le chef mesme y aille; mais il faut que ce soit avec un front ouvert, une forte assearance^ ayant Tame quitte et nette de toute imagination de la mort, et du pis qu'il peust advenir : car d'y aller avec contenance doubteuse et incertaine, par flatterie,
*2 Pris dans Bodin. L. IV, c. vu.
'^ « Ainsi , lorsqu'une sédition s'élève dans un grand peuple , et que la multitude se déchaîne , déjà les feux et les pierres volent ; la fureur donne des armes : mais qu'un citoyen respectable par sa piété et par ses services, se présente, tous se taisent , prêtent une oreille attentive , et ses discours commandent aux passions, et calment les cœurs »• Virgil. Énéid, L. 1 r