‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 240 sur 245 · LIVRE III, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE VI

se plaîst par-tout , et en toutes choses. Il faut bien faire la mine conforme à la compagnie et à Paffaire qui se présente et se traicte , et s^accommoder à autruy, triste, si besoin est, mais au dedans se tenir tousjours mesme ; cecy est la méditation et considération , qui est Taliment et la vie de l'esprit , cujus vmre est cogitare '°. Or par le bénéfice de nature il n'y a occupation que nous fassions plus souvent, plus long-temps, qui soit plus facile, plus naturelle et plus nostre que méditer et entretenir sts pensées. Mais elle n'est pas à tous de mesme, ains bien diverse *'', selon que les esprits sont; aux uns elle est foible, aux autres forte; aux uns c'est fetardise *", oysiveté languissante, vacance et disette de toute autre besongne ; mais les grands en font leur principale vacation et plus sérieux estude , dont ils ne sont jamais plus embesongnés, ny moins seuls (comme il est dict de Scipion '^ ) que quand ils sont seuls et séjournent *'^ d'affaires, à l'imitation de Dieu, qui vit et

'° a Pour qui penser c^est vivre ». Cicér. Tuscul, quœst, L. V, cxxxviii.

'^o Elle est au contratîre bien différente.

*" Nonchalance, paresse, lenteur. De/aît tard; quifacU tardé,

'^ Publium Scipionem, . . • dicere solitum dicit Cato. • • . numquain se. minus otiosum esse quàm cum otiosus; nec minus solus , cjuàm cum solus esset. Cicér. de Offic, L. III, c. l^ initio,

'^'^ Et qu^ils chomment, manquent d^affaires.

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se paist d'étemelle pensée. C'est la besongne des Dieax ( dict Aristote ) de laquelle naist leur béatitude et la nostre.

Or cette solitaire occupation, et cet entretien joyeux ne doibt point estre en vanité, moins en ebose vicieuse , mais en Testude et cognoissance profonde , et puis diligente culture de soy-mesme : c'est le prix faict, le principal, premier et plus plein ouvrage de chascun. Il faut tousjours se guetter, taster, sonder, jamais ne s'abandonner, estre tousjours cbez soy, se tenir à soy : et trouvant que plusieurs cboses ne vont pas bien, soit par vice et deffaut de nature, ou contagion d'autruy , ou accident survenu , qui nous trou* ble, faut tout doucement les corriger, et y pourvoir. Il faut s'arraisonner soy-mesme, se redresser, et remettre courageusement, non pas se laisser aller et couler par desdain et nonchalance.

Il faut aussi en évitant toute fainéantise et fetardise , qui ne faict qu'enrouiller et gaster et l'esprit et le corps, se tenir tousjours en haleine, en exercice et eti office : non toutesfois trop tendu , violent et pénible, mais sur-tout honneste, vertueux et sérieux: et plustost, pour ce faire, se tailler de la besongne, et se proposer des desseins pour s'y occuper joyeusement, conférant avec les honnestes hommes et les bons livres, dispensant bien son temps et reiglant ses heures, et non vivre tumultuairement et par hasard.

Mesnager bien et faire scm proffit de toutes choses

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