LIVRE II, CHAPITRE IL 4i
sentîne du monde, mère de corruption, et aux vers qui est l'extrême ignominie et horreur , et par ainsi apparier et traicter de mesme Phomme et la beste : la religion mesme enseigne et commande de disposer de cette façon de toutes reliques , comme de l'Agneau pascal que l'on ne pouvoit manger, des hosties consacrées , des linges teints en huyles sacrées, pourquoy n.'en sera-t-il fait de mesme de nos corps et reliques ? Faites je vous prie pire si vous pouvez que les mettre en te^re à la corruption : cela ce semble devroit estre pour ceux qui sont punis du dernier supplice , et gens infâmes , et que les reliques des gens de bien et d'honneur fussent plus dignement traictées : certes de toutes les manières de disposer des corps morts qui reviennent à cinq, sçavoir les donner aux quatre elemens , et aux ventres des animaux , la plus vile , basse , honteuse, est les enterrer, la plus noble et honorable est les brusler. Ayons-en encores un autre , je veux et consens que mon sage aux choses naturelles face la petite bouche, qu'il cache et couvre les parties et les actions, que l'on appelle honteuses, et qui feroit autrement j'en aurois horreur et très mauvaise opinion^ car presque tout le monde vit ainsi : mais je veux bien, cependant, qu'il juge que de soy, simplement, et selon nature elles ne sont non plus honteuses que le nez et la bouche, le boire et le manger, n'ayant nature, c'est Dieu '^, rien fait de honteux, mais c'est par
'4 Charron ne veut pas dire parla que Dieu et la nature
ailleurs que par nature, sçavoîr par l'ennemy de nature qui est le péché : la théologie encore plus pudique que la philosophie , nous dict qu^en la nature entière et non encores altérée par le faict de Phomme elles n'estoient point honteuses , honte n'estoit point, elle est ennemye de nature, c'est l'engeance de péché. Je consens de m'habiller comme ceux de mon pays et de ma profession , et si j'estois né ou habitué en ces pays où ils vont nuds, j'en ferois de mesme, mais je ne laisse pas de juger que toutes les deux façons ne sont gueres bonnes , et si j'avois à choisir et ordonner, je prendrois la façon médiocre de ces pays, où ils se couvrent d'un seul et simple couvert, assez léger, aysé, sans façon ny despense, trouvant mauvaise nostre manière , et pire encores que d'aller nud , d'estre si fort enveloppé et enfermé de si grande multitude et variété de couverts^ de diverses estoffes,
jusques à quatre, cinq, six, l'un sur l'autre, dont les
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ne sont qu'un seul et même être. Il entend par la nature, la puissance de Dieu agissant par des volontés générales. Il faut se souvenir ici de la distinction de Técole entre nature naturante et nature naturée : nalura haturans est Deus ; naUira naturcUa ejus opus. L'expression <}e Charron n'a plus alors rien d^équivoque. Elle peut, outre cela, s'expliquer par un passage de St. Ghrysostôme , que Charron semble presque avoir eu en vue , tant il s'y rapporte : « Quand je parle de la nature , dit ce père , j'entends par là Dieu ; car c'est lui qui est l'auteur de la nature ». St.-Chrysost. in EpisL ad CoriiUh.f G. xf , V. 3. N.